Une œuvre pour mettre des images sur des maux difficiles à verbaliser
À Namur, une installation immersive portée par SOS Suicide, service de l’association Un pass dans l’impasse, a été présentée cette semaine. Pensée et réalisée par une jeune femme elle‑même confrontée à des difficultés de santé mentale, l’œuvre vise à traduire en images des émotions et des ressentis souvent difficiles à exprimer par des mots.
Les porteurs du projet ne cachent pas l’urgence de la démarche : derrière les chiffres froids se trouvent des jeunes en souffrance qui ne trouvent pas toujours les moyens de demander de l’aide. L’installation veut offrir un espace de reconnaissance, d’identification et d’échange, pour inciter à la parole et au recours aux dispositifs d’aide.
« Derrière ces statistiques, il y a surtout des jeunes qui souffrent et qui ne trouvent pas toujours les mots pour l'exprimer », déclare Thomas Thirion, administrateur délégué d'Un pass dans l'impasse.
Des chiffres qui soulignent l’enjeu
Les données utilisées par les organisateurs rappellent l’ampleur du phénomène en Belgique. En 2023 :
- 1.528 décès par suicide ont été enregistrés dans le pays ;
- chez les 15‑24 ans, plus d’un décès sur quatre était attribuable au suicide ;
- chez les 25‑44 ans, la proportion atteignait près d’un décès sur cinq.
La Wallonie affichait par ailleurs le taux de mortalité le plus élevé, avec 15 décès pour 100.000 habitants. Ces chiffres servent de cadre à l’initiative namuroise, qui entend rappeler que la prévention et l’écoute sont des outils essentiels pour réduire ces tragédies.
| Indicateur | Chiffre (2023) |
|---|---|
| Décès par suicide en Belgique | 1.528 |
| Part des suicides chez 15‑24 ans | Plus d’un sur quatre |
| Part des suicides chez 25‑44 ans | Près d’un sur cinq |
| Taux en Wallonie | 15 / 100.000 |
Une démarche qui mêle art, témoignage et prévention
Les organisateurs insistent sur le fait que l’apport de l’art peut aider à combler le manque de mots : l’œuvre « parle » des états émotionnels, des ambivalences et des zones d’ombre que certaines personnes ont du mal à formuler. Elle s’adresse aux jeunes mais aussi à leurs proches, aux professionnels et à toute personne concernée par la prévention du suicide.
Au‑delà de l’expérience sensorielle, SOS Suicide et Un pass dans l'impasse entendent que l’installation serve de point d’entrée vers des ressources d’aide : écoute, orientation vers des services spécialisés et informations pratiques. L’objectif affiché est de réduire l’isolement des personnes en souffrance et de faciliter l’accès à l’aide.
Contexte et conséquences locales
Pour Namur, l’accueil d’une telle initiative renforce les dispositifs locaux de sensibilisation et complète les actions menées par les acteurs de santé mentale en province. Proposer un espace d’expression et d’identification dans la cité namuroise peut contribuer à déstigmatiser la parole autour du suicide et encourager les jeunes à chercher de l’aide avant que la souffrance n’atteigne un point de non‑retour.
Les professionnels consultés par les organisateurs rappellent enfin l’importance de dispositifs accessibles et de partenariats entre associations, institutions publiques et services de santé pour toucher les publics les plus vulnérables.
À Namur, l’initiative montre que prévention et création peuvent se répondre : l’art devient ici un outil d’écoute et un déclencheur de dialogue, au service d’une cause sanitaire et sociale qui touche la jeunesse wallonne.