La présence croissante de formations et d'événements universitaires consacrés aux médecines dites « complémentaires » provoque une vive contestation au sein du monde médical et universitaire. À l'origine des critiques : l'accueil, par des facultés, d'initiatives mêlant pratiques non conventionnelles et acteurs issus du champ scientifique, parfois soutenus par des partenaires industriels.
Un congrès critiqué à Clermont-Ferrand
Au printemps, la faculté de médecine de Clermont-Ferrand a accueilli une journée dédiée à la « santé intégrative ». Le programme comprenait des conférences et ateliers sur des sujets variés : homéopathie, écoute du corps, massage, « méthode chaud-froid », expression corporelle, mise en mouvement. Parmi les intervenants figuraient médecins, ostéopathes, une professeure de yoga et une danse-thérapeute, ainsi qu'un guide se présentant comme spécialiste de « voyages initiatiques ».
L'événement, présenté comme le 4e congrès de santé intégrative et affichant l'ambition de promouvoir « une médecine préventive, humaine et durable », a été parrainé par le chanteur Yannick Noah. Il a également reçu le soutien d'une vingtaine de partenaires, dont les laboratoires Boiron et le groupe de cliniques privées Elsan.
Des universitaires dénoncent une caution scientifique
Plusieurs praticiens et enseignants ont réagi, estimant que de tels événements donnent une légitimité scientifique à des approches dont l'efficacité n'est pas démontrée selon eux. C'est le cas de Mathieu Molimard, professeur de pharmacologie clinique et chef de service au CHU de Bordeaux, qui dit avoir alerté la présidence de l'université et le doyen de la faculté de médecine.
« J’ai alerté le président de l’université et le doyen de la faculté de médecine sur sa tenue. Ils m’ont assuré que l’université ne faisait qu’accueillir le congrès, mais soyons clairs : ouvrir ses portes à ce type d’événement, c’est donner une caution scientifique à des théories qui ne sont pas scientifiquement établies. »
Les critiques ne se limitent pas à la seule manifestation clermontoise : elles s'inscrivent dans un questionnement plus large sur la multiplication des diplômes universitaires liés aux médecines complémentaires et sur l'introduction de contenus non validés scientifiquement au sein de cursus supérieurs.
Une mission de « cartographie et d'évaluation » en préparation
Pour répondre à ces enjeux, une mission de cartographie et d'évaluation de la qualité des formations concernées doit être lancée, afin de mieux réguler ces diplômes et cursus. L'objectif annoncé est d'établir un état des lieux et d'évaluer la qualité des enseignements proposés, sans pour autant stigmatiser a priori toutes les initiatives.
Cette démarche traduit la volonté des autorités et des acteurs du monde universitaire d'instaurer des outils d'analyse et de contrôle, en distinguant clairement les formations fondées sur des preuves scientifiques de celles qui s'appuient sur des approches plus subjectives ou non validées.
- Point de tension : l'ouverture d'espaces universitaires à des pratiques non prouvées peut être perçue comme une caution scientifique.
- Acteurs impliqués : universités, praticiens hospitaliers, intervenants extérieurs, partenaires privés.
- Réponse institutionnelle : lancement imminent d'une mission de cartographie et d'évaluation.
Les débats autour de la place des médecines complémentaires dans l'enseignement supérieur posent des questions fondamentales sur les missions de l'université : diffusion du savoir, responsabilité scientifique et protection des étudiants. La mise en place d'une cartographie et d'un dispositif d'évaluation doit à présent permettre de clarifier les contours de ces formations et d'établir des critères de qualité plus transparents.
| Élément | Exemple cité |
|---|---|
| Université hôte | Faculté de médecine de Clermont-Ferrand |
| Événement | 4e congrès de « santé intégrative » |
| Partenaires | Boiron, Elsan |
| Voix critique citée | Mathieu Molimard |
Le lancement de la mission annoncée sera suivi de près par la communauté scientifique, les responsables d'établissements et les étudiants concernés, qui attendent des critères clairs pour distinguer enseignements validés et pratiques non évaluées.