La Commission européenne publie un constat sans détour : les salaires élevés pour les enseignants ne résolvent pas à eux seuls les problèmes d’attractivité du métier lorsque les conditions de travail, le bien‑être et la reconnaissance professionnelle sont insuffisants. Le rapport, intitulé « Investir dans l’éducation 2026 », livre des données qui interpellent directement la Belgique.
Des dépenses fortement orientées vers les rémunérations
Au niveau de l’Union européenne, près des deux tiers des dépenses publiques dédiées à l’éducation (de la maternelle au supérieur) étaient consacrés aux rémunérations en 2024 : 63 %. En Belgique, cette part atteint un niveau particulièrement élevé, à 82 %, selon le rapport.
| Indicateur | Union européenne (2024) | Belgique (2024) |
|---|---|---|
| Part des dépenses publiques en éducation allouée aux salaires | 63 % | 82 % |
| Années pour atteindre salaire de fin de carrière comparable | — | 27 ans (Fédération Wallonie‑Bruxelles) / 36 ans (Communauté flamande) |
Le rapport souligne que certaines juridictions belges figurent parmi les rares systèmes de l’UE où le salaire de fin de carrière des enseignants dépasse le revenu moyen des travailleurs diplômés du supérieur ayant des compétences équivalentes. Il s’agit, au sein de l’UE, d’une exception partagée avec quelques pays comme les Pays‑Bas, le Luxembourg, l’Irlande, l’Espagne et la Grèce.
Le salaire, un levier mais pas une panacée
Malgré ces niveaux salariaux relatifs, la Commission insiste : attirer et retenir des enseignants ne se réduit pas à une question financière. Roxana Mînzatu, vice‑présidente de la Commission pour les droits sociaux et les emplois de qualité, est citée dans le rapport pour rappeler que d’autres éléments sont déterminants.
« Il s’agit également de conditions de travail, de bien‑être, de reconnaissance professionnelle et d’opportunités de croissance tout au long d’une carrière. »
Autrement dit, l’aspect financier ne devient un véritable facteur d’attractivité que si les « fondations » — conditions de travail quotidiennes, gestion du stress, reconnaissance sociale du métier — sont préalablement saines.
Des pistes pour améliorer l’attractivité
Le rapport formule plusieurs pistes concrètes pour améliorer la qualité de vie au travail des enseignants et, par conséquent, renforcer l’attractivité des carrières pédagogiques :
- réduire la taille des classes ;
- embaucher des assistants d’éducation ;
- renforcer la reconnaissance professionnelle et les possibilités de développement tout au long de la carrière ;
- améliorer les conditions de bien‑être au travail et la gestion du stress.
Ces propositions mettent l’accent sur des mesures qui agissent directement sur le quotidien des enseignants, au‑delà d’une hausse salariale isolée.
Conséquences pour la Belgique
Pour la Belgique, le diagnostic invite à mettre en perspective la forte part des moyens publics consacrés aux salaires. Si la rémunération en fin de carrière dépasse parfois le revenu moyen d’un diplômé supérieur, le rapport suggère que cela ne suffira pas à résoudre les difficultés de recrutement et de maintien en poste si les problèmes de charge de travail, de stress et de reconnaissance ne sont pas traités.
Concrètement, cela pose des questions sur l’allocation des ressources et sur les priorités politiques : faut‑il concentrer davantage d’efforts financiers sur la diminution des effectifs par classe, sur des personnels de soutien ou sur des dispositifs de développement professionnel et de reconnaissance ? Le rapport de la Commission européenne rappelle que ces dimensions sont complémentaires et que l’efficacité des politiques dépendra de leur articulation.
En attendant, le message est clair : pour faire de l’enseignement une carrière réellement attractive, il ne suffit pas d’augmenter les salaires. Il faut aussi transformer les conditions de travail et valoriser le rôle des enseignants au quotidien.