Un arrêté royal entré en vigueur au fédéral a modifié la mention sanitaire obligatoire figurant sur les publicités pour boissons alcoolisées : l’ancien avertissement « L’abus d’alcool nuit à la santé » est remplacé par la formulation plus directe « L’alcool nuit à la santé ». Signée dans le cadre d’un durcissement des règles en matière de publicité pour l’alcool, la mesure, approuvée par la majorité fédérale, suscite une vive réaction de la filière brassicole.
Ce que change l’arrêté royal
Outre la nouvelle mention, le texte renforcé prévoit plusieurs interdictions ciblant la promotion des boissons alcoolisées :
- interdiction des publicités pour l’alcool dans les médias destinés aux jeunes ;
- interdiction d’offrir des boissons alcoolisées, sauf dans des situations limitées, notamment lors de dégustations ;
- mise en avant explicite de la dangerosité du produit, et non plus seulement de la responsabilité du consommateur.
Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, avait annoncé ce durcissement le 27 mars. Selon les acteurs du dossier, la nouvelle formulation transpose au plan communicationnel une logique qui met le produit au centre du risque plutôt que l’excès de consommation.
Réactions : inquiétude chez Prospective Jeunesse, colère chez les brasseurs
Pour certaines associations et spécialistes, le changement est insuffisant. Edgar Szoc, rédacteur en chef de Prospective Jeunesse, interrogé lundi soir dans l’émission Bonsoir Bruxelles, estime que la formulation actuelle ne va pas assez loin et plaide pour une interdiction totale de la publicité pour l’alcool. Il rappelle un point réglementaire et sanitaire souvent évoqué dans le débat : l’alcool est, depuis 1988, classé comme cancérogène de catégorie A.
« L’alcool, au même titre que l’amiante, est depuis 1988 classé comme cancérogène de catégorie A. On imagine mal un message publicitaire disant : “L’abus d’amiante nuit à la santé” »
Les brasseurs belges, de leur côté, ont lancé une pétition et publié une lettre ouverte pour dénoncer ce qu’ils jugent être une approche « paternaliste » et « culpabilisante ». Ils ont illustré leur protestation par une photo montrant une bande d’amis souriants, verre à la main, accompagnée de la question : « En quoi ces moments posent-ils problème ? »
Les représentants du secteur estiment que la nouvelle mention stigmatise le produit et nuit à des moments sociaux reconnus, tandis que certains acteurs de la prévention considèrent au contraire qu’affirmer la dangerosité intrinsèque de l’alcool est justifié au regard des risques sanitaires.
Conséquences attendues et points de vigilance
La modification de la mention a des implications pratiques pour les annonceurs, les diffuseurs et les organisateurs d’événements : tous devront adapter leurs supports et leurs pratiques pour se conformer aux obligations. Les interdictions concernant les médias destinés aux jeunes et l’offre gratuite de boissons imposeront également des révisions des campagnes marketing et des modalités de distribution lors de manifestations publiques.
| Mesure | Effet attendu |
|---|---|
| Remplacement du slogan | Accentuation du message sur la dangerosité du produit |
| Interdiction de pub dans médias jeunesse | Moindre exposition des mineurs aux messages promotionnels |
| Interdiction d’offre gratuite (sauf exceptions) | Restriction des pratiques promotionnelles lors d’événements |
Le débat souligne une tension classique entre politiques de santé publique visant à réduire les risques et intérêts économiques d’un secteur influent. Les autorités sanitaires et les associations de prévention devront suivre de près l’application de l’arrêté et ses effets sur les comportements de consommation, tandis que la filière brassicole dispose de voies de contestation politique et médiatique pour faire valoir ses arguments.
La polémique autour de la formulation et des restrictions illustre enfin un questionnement plus large : jusqu’à quel point la régulation doit-elle intervenir dans la communication commerciale pour protéger la santé publique, sans pour autant occulter les aspects culturels et économiques liés à certaines boissons ? Les prochains mois permettront d’observer si la nouvelle réglementation entraîne des changements mesurables en matière d’exposition et de consommation.