À 72 ans, Florence Presciutti se présente chaque matin devant une classe de deuxième secondaire avec la même énergie que des collègues plus jeunes. Cette année encore, elle partage la charge d’enseignement comme cotitulaire à l’Institut de la Vallée Bailly et complète son engagement par du bénévolat à l’Athénée de Gembloux. Son parcours éclaire les modalités et les limites du maintien en fonction après l’âge légal de la pension dans l’enseignement belge.
« Bonjour à vous ! On ne se connaît pas encore, mais on va faire connaissance toute l’année »
Un maintien motivé par la passion, pas par l’argent
Florence Presciutti dit ne pas poursuivre sa carrière pour des raisons financières mais par attachement à sa mission éducative et au contact des jeunes. Elle confie se sentir « beaucoup plus sereine », plus accueillante et, paradoxalement, plus motivée depuis qu’elle a dépassé l’âge de la pension. Cela fait sept ans qu’elle pourrait pourtant cesser son activité et profiter d’un régime de pension.
Des règles strictes encadrent la prolongation
Le maintien au-delà de 67 ans n’est pas automatique. La loi prévoit que la fonction occupée doit relever d’une pénurie sévère dans la zone où l’école est située. Ce statut peut être réévalué en cours d’année et entraîner la cessation du contrat. Florence a déjà vécu cette situation : on lui a déjà demandé de libérer sa place lorsque la zone n’était plus considérée en pénurie.
| Condition | Conséquence |
|---|---|
| Fonction en pénurie sévère dans la zone | Possibilité de maintenir un enseignant après 67 ans |
| Retrait du statut de pénurie en cours d’année | Fin possible du maintien et libération du poste |
Un recours ponctuel mais précieux face à la pénurie
Au sein de son établissement, Florence est la seule enseignante à avoir dépassé l’âge de la pension. Le directeur de l’Institut de la Vallée Bailly, Donatien Jorrissens, reconnaît la difficulté : si l’idéal serait d’engager des jeunes professeurs fraîchement diplômés, recourir à des retraités constitue un « confort » parce qu’ils apportent une expérience précieuse. Le recours aux titulaires au-delà de l’âge de la pension apparaît donc comme une solution d’appoint face à des débouchés vacants.
- Pour l’élève : continuité pédagogique portée par des enseignants expérimentés.
- Pour l’école : réponse temporaire à des postes difficiles à pourvoir.
- Pour le système : dépendance potentielle à des ressources non renouvelées si le recrutement de jeunes enseignants n’augmente pas.
Conséquences et questions pour l’avenir
Le cas de Florence illustre des tensions structurelles : la tentation de combler les manques par l’expérience des retraités, tout en restant conscient que cette solution n’est ni durable ni souhaitable comme unique stratégie. Les écoles perdent du dynamisme démographique si elles ne parviennent pas à attirer de nouveaux diplômés, et les enseignants qui prolongent leur carrière restent soumis à une précarité administrative — le statut de la zone peut être revu à tout moment.
La situation appelle des réponses coordonnées des autorités scolaires, des employeurs et des formations initiales : mieux connaître les disciplines et zones en tensions, adapter les parcours de formation, offrir des conditions attractives aux jeunes, et encadrer la contribution des enseignants retraités pour qu’elle reste complémentaire et non structurelle.
Pour l’heure, Florence Presciutti poursuit son engagement avec la volonté d’accompagner les jeunes générations, consciente des limites de son statut et de la fragilité de la mesure qui lui permet de continuer. Son témoignage est un révélateur concret des défis auxquels l’enseignement belge est confronté aujourd’hui.