Une large partie de la population mondiale juge le modèle économique actuel injuste et réclame une transformation profonde, mais elle ne croit plus aux capacités des gouvernements pour la mener. C’est le constat central de l’enquête « Earth for All Survey 2026 », réalisée par Ipsos pour l’initiative internationale Earth4All dans 17 des principales économies mondiales.
Un verdict tranché sur l’inégalité et le « système truqué »
Les résultats mettent en évidence une rupture nette entre attentes populaires et confiance institutionnelle. Près des deux tiers des personnes interrogées estiment que le système économique est « truqué » en faveur des plus riches et des plus puissants : 65 %.
Cette perception s’accompagne d’un sentiment généralisé d’excès d’inégalités : 70 % des sondés jugent les inégalités économiques trop élevées dans leur pays. En conséquence, une majorité écrasante réclame des changements structurels : 69 % souhaitent des modifications majeures du système, tandis que seuls 8 % s’y opposent.
La confiance dans les gouvernements en forte baisse
Si le diagnostic sur l’échec du modèle est largement partagé, la capacité des dirigeants à agir est remise en question. Seuls 31 % des répondants pensent que leur gouvernement prendra des décisions bénéfiques pour la majorité sur un horizon de vingt à trente ans. Ce chiffre est en recul significatif par rapport à 2024, où il s’élevait à 39 %.
La méfiance envers les institutions nourrit des tensions sociales mesurables : 67 % des personnes interrogées estiment que leur pays est plus divisé qu’il y a dix ans. Les fractures sont particulièrement marquées entre :
- partisans de différents partis politiques : 71 % ;
- haut et bas revenus : 63 % ;
- immigrés et natifs : 62 %.
Conséquences politiques et économiques
Ce diagnostic global a plusieurs implications directes pour les décideurs et les acteurs économiques. D’abord, l’exigence de réformes majeures exprimée par près des trois quarts des sondés crée un terrain propice aux propositions audacieuses en matière fiscale, sociale et environnementale. Ensuite, la chute de confiance envers les gouvernements complique la mise en œuvre de politiques de long terme : si une minorité estime que les autorités agiront pour l’intérêt général, les réformes structurelles risquent de manquer de soutien populaire ou d’être contestées.
Pour les entreprises et les investisseurs, un climat de défiance et des sociétés plus polarisées peuvent accroître l’incertitude politique et, par voie de conséquence, peser sur les décisions d’investissement. Enfin, le constat d’un système perçu comme « truqué » renforce la pression pour plus de transparence et de régulation, notamment dans les secteurs financiers et technologiques.
Que retenir pour la Belgique ?
Même si l’enquête couvre 17 grandes économies et non spécifiquement la Belgique, les tendances observées convergent avec des motifs déjà visibles sur la scène européenne : demandes de justice sociale, inquiétudes face aux inégalités et scepticisme vis‑à‑vis des institutions. Pour nos autorités régionales, fédérales et pour la société civile, le message est clair : restaurer la confiance nécessitera des réponses tangibles qui rapprochent les décisions publiques des attentes des citoyens sur les enjeux de redistribution, de gouvernance et de durabilité.
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Perception d’un système « truqué » | 65 % |
| Jugement que les inégalités sont excessives | 70 % |
| Souhait de changements majeurs | 69 % |
| Confiance que le gouvernement agira pour la majorité (20–30 ans) | 31 % (vs 39 % en 2024) |
L’initiative Earth4All publie ces chiffres sous le titre du rapport Rebuild trust: Rigged economies, fractured societies and the case for change, qui appelle à repenser les réponses politiques face à ce que l’étude qualifie de crise de confiance.
À l’évidence, la démocratie économique que réclament une majorité de citoyens demandera des gestes visibles et un dialogue renforcé entre élus, entreprises et société civile si l’on veut éviter que la défiance ne se transforme en rancœur durable.