Les deuxièmes Assises de la sécurité et de la citoyenneté à Mayotte ont livré, jeudi 24 septembre, des éléments chiffrés et des pistes d’action après quatre jours d’ateliers, d’enquêtes et d’interventions sur le terrain. Le diagnostic dressé par le questionnaire et les échanges met en lumière un état de tension persistant et une demande d’une réponse plus coordonnée.
Des chiffres qui traduisent une réalité ressentie
Le questionnaire diffusé entre le 20 août et le 23 septembre a recueilli 1 012 réponses. Parmi les personnes interrogées, 84 % déclarent avoir vu ou vécu au moins un fait lié à l’insécurité au cours des douze derniers mois. Les faits évoqués couvrent un large spectre : cambriolages, barrages, caillassages, conflits entre villages, consommation de drogue ou d’alcool dans l’espace public, agressions physiques.
Le sentiment d’insécurité reste élevé : environ 54 % des habitants disent ne pas se sentir en sécurité à leur domicile. Et quand un incident est signalé, la suite n’est pas toujours au rendez‑vous : 45 % des répondants indiquent avoir porté plainte au cours des douze derniers mois « sans réponse ».
« Le constat est un constat d’échec »
La députée Estelle Youssouffa, présente à la restitution des Assises, a résumé le sentiment de plusieurs intervenants en ces termes, pointant le manque de réponses institutionnelles et le besoin d’une action renforcée.
Un durcissement des faits constaté par la préfecture
Le préfet Frédéric Poisot a reconnu la difficulté de la situation sur le terrain. Il a évoqué des données préoccupantes sur les huit premiers mois de l’année : une augmentation de plus de 20 % des atteintes volontaires à l’intégrité physique et une hausse de 75 % des violences sexuelles visant les femmes et les mineurs.
Face à ces tendances, le représentant de l’État a présenté plusieurs axes d’intervention visant à « restaurer la sécurité du quotidien » : la mise en place d’opérations régulières, le renforcement des effectifs, et un renforcement spécifique de la gendarmerie dans le nord de l’île avec la création prochaine d’une brigade à Bandraboua.
Des réponses opérationnelles… mais limitées
Le préfet a insisté sur le fait que les grandes opérations ponctuelles ne suffisent pas : une fois terminées, les incidents reprennent et c’est la population qui en pâtit. Il a donc défendu une stratégie de continuité des actions sur le terrain.
Les Assises ont toutefois rappelé que des mesures avaient déjà été engagées localement : la police municipale de Mamoudzou est passée de 36 à 69 agents, signe d’un renforcement des moyens municipaux pour la sécurité quotidienne.
- 1 012 personnes ont répondu au questionnaire.
- 84 % ont été témoins ou victimes d’un fait lié à l’insécurité en 12 mois.
- 54 % ne se sentent pas en sécurité à leur domicile.
- 45 % ont porté plainte sans obtenir de réponse.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Réponses au questionnaire | 1 012 |
| Personnes ayant vécu/observé un fait d’insécurité | 84 % |
| Ne se sentent pas en sécurité chez elles | 54 % |
| Plaintes déposées sans réponse | 45 % |
| Augmentation atteintes à l’intégrité physique (8 premiers mois) | +20 % |
| Augmentation violences sexuelles (8 premiers mois) | +75 % |
Des voix politiques exigeantes
La députée Estelle Youssouffa a insisté sur l’ampleur du problème et sur un manque de transparence récent : elle a notamment regretté l’arrêt, pendant plusieurs mois, de la publication des chiffres de la délinquance par la préfecture. Son constat sévère rejoint l’exigence d’une politique plus visible et plus efficace contre l’insécurité.
Pour l’État, la réponse ne peut cependant reposer uniquement sur les forces en uniforme. Les Assises ont mis en avant la nécessité d’une action coordonnée — entre services de l’État, élus locaux et collectivités — pour assurer la pérennité des efforts engagés.
Les mesures annoncées et les constats formulés lors de ces Assises ouvrent une phase d’observation : il faudra suivre si les renforcements d’effectifs, la création de brigades et les opérations régulières produisent un effet réel et durable sur la sécurité quotidienne des Mahorais.