Près de deux ans après le passage du cyclone Chido (14 décembre 2024) puis de Dikélédi (12 janvier 2025), Mayotte se retrouve au cœur d’une réflexion régionale sur la sécurité civile. Depuis lundi 21 septembre, une première conférence des directeurs chargés de la gestion des catastrophes naturelles et des secours dans l’océan Indien se tient à La Réunion, sous l’égide du préfet de la zone de défense et de sécurité du sud de l’océan Indien, Patrice Latron.
Un constat : les catastrophes dépassent les frontières
La réunion rassemble des délégations de l’Île Maurice, de Madagascar, des Comores et des Seychelles, ainsi que des représentants de la Commission de l’océan Indien (COI) et de l’Agence française de développement (AFD). L’objectif déclaré est d’articuler des dispositifs de coopération opérationnelle et de renforcement des capacités pour répondre à des risques « sans frontières ».
Les récents épisodes illustrent l’interdépendance des territoires de la région : l’envoi depuis La Réunion d’un élément de reconnaissance et d’expertise (ERE) à Toamasina, à Madagascar, après le cyclone Gezani (11 février 2026) a permis d’évaluer rapidement les besoins et de préparer l’acheminement d’un module de production d’eau, avant même une mobilisation plus large de mécanismes européens.
Des objectifs concrets pour Mayotte
Pour Mayotte, la conférence est l’occasion de traduire en actes les leçons tirées des tempêtes et d’améliorer une préparation aux crises encore jugée perfectible. Les discussions visent en particulier à :
- identifier les besoins communs en formation et en exercices interterritoriaux ;
- mettre en place des dispositifs de renforcement mutuel mobilisables rapidement en cas de catastrophe majeure ;
- organiser la coopération opérationnelle pour le déploiement d'expertises et de matériels (eau, logistique, médical) ;
- partager des référentiels et des méthodologies d’évaluation des risques et des dommages.
Les participants ont souligné la nécessité d’être capables, en cas de crise, de compter sur des moyens et des compétences mobilisables au-delà du seul territoire touché, tant pour la reconnaissance initiale que pour la mise en œuvre de modules techniques spécialisés.
Des dispositifs encore à construire
Les échanges mettent en lumière l’état embryonnaire de cette coopération : si des interventions ponctuelles ont déjà été menées, comme l’envoi de l’ERE à Madagascar, l’ambition est aujourd’hui de structurer des mécanismes durables. Il s’agit notamment de définir des processus communs pour :
- la déclinaison des procédures d’alerte et de coordination ;
- la mutualisation de moyens logistiques et humains ;
- la formation conjointe des acteurs opérationnels.
La proximité géographique de Mayotte avec Madagascar et les Comores constitue à la fois une vulnérabilité et un atout : vulnérabilité du fait des flux d’impacts (vents, pluies, vagues) ; atout parce que ces territoires peuvent être des relais naturels pour des appuis rapides.
Une dimension institutionnelle et financière
La présence de l’AFD et de la COI témoigne également de la dimension institutionnelle et financière nécessaire à la mise en place de ces dispositifs. Au-delà des aspects opérationnels, la conférence devra aborder les questions de financement des capacités régionales, de pérennisation des exercices et de développement d’infrastructures résilientes.
Du côté français, la participation du préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, souligne l’importance accordée par l’État à la coordination régionale, alors que Mayotte cherche à tirer les conclusions des crises passées pour mieux protéger sa population et ses infrastructures.
Calendrier et perspectives
Les travaux, qui se déroulent sur deux jours à La Réunion, visent à produire des recommandations visant à rendre opérationnelles les coopérations identifiées : mise en réseau des centres de crise, création de modules d’intervention régionaux et calendrier de formations et d’exercices. Reste à définir les étapes concrètes de mise en œuvre et les responsabilités de chacun.
| Événement | Date |
|---|---|
| Cyclone Chido (Mayotte) | 14 décembre 2024 |
| Cyclone Dikélédi (Mayotte) | 12 janvier 2025 |
| Cyclone Gezani (Madagascar) | 11 février 2026 |
La conférence de La Réunion marque une étape : transformer des interventions ponctuelles et solidaires en un cadre régional structuré pourrait améliorer sensiblement la capacité de Mayotte et de ses voisins à faire face à la prochaine catastrophe. Les prochains mois diront si les intentions se traduisent en moyens concrets et coordonnés.