Le Professeur Chin‑Yoong Wong, de l’Université Tunku Abdul Rahman (UTAR) en Malaisie, estime que la stratégie nationale sur les semi‑conducteurs (NSS) de son pays fournit des enseignements utiles au Vietnam, notamment sur la nécessaire adéquation entre politique industrielle et formation des talents.
Un rôle historique mais une valeur ajoutée limitée
Selon l’analyse présentée par le professeur, la Malaisie occupe depuis plus de cinquante ans une place importante dans les activités d’assemblage, de test et de conditionnement de puces (OSAT). Ces opérations représentent environ 13 % du marché mondial mais ne génèrent qu’environ 6 % de la valeur ajoutée mondiale du secteur.
À l’opposé, la conception de circuits intégrés et la fabrication amont concentrent une part beaucoup plus importante de la valeur créée : respectivement 50 % pour la conception et 24 % pour la fabrication en amont. Pour dépasser le stade d’activités d’assemblage faiblement valorisées, la Malaisie a donc adopté une stratégie de montée en gamme.
| Activité | Part de la valeur ajoutée mondiale |
|---|---|
| Conception de circuits intégrés | 50 % |
| Fabrication amont | 24 % |
| Assemblage, test et conditionnement (OSAT) | 6 % |
Une stratégie en trois phases et un volet « incubation »
La Stratégie nationale sur les semi‑conducteurs (NSS) malaisienne comporte trois phases visant tant à moderniser les capacités d’OSAT existantes qu’à réorienter les investissements vers la conception et les entreprises fabless. Dans ce cadre, Kuala Lumpur a lancé le programme d’« incubation » SemiconStart Malaysia, destiné à faire émerger des propriétés intellectuelles nationales.
« [La stratégie] vise à moderniser les capacités existantes d’OSAT et à réorienter les investissements nationaux vers la conception de puces et les entreprises fabless. »
Mais, avertit l’expert, le succès de cette politique dépendra surtout des ressources humaines disponibles et de l’écosystème qui les accompagne. Sans ingénieurs qualifiés et sans un environnement favorable à l’innovation, il sera difficile d’attirer et de retenir des investissements à plus forte valeur ajoutée.
Des enseignements pour le Vietnam — et, par ricochet, pour la formation
S’appuyant sur l’expérience malaisienne, Chin‑Yoong Wong juge que le Vietnam dispose aujourd’hui d’une fenêtre d’opportunité pour bâtir un écosystème des semi‑conducteurs plus autonome. L’analyse n’expose pas de feuille de route détaillée mais met l’accent sur un point clef : la disponibilité rapide d’ingénieurs qualifiés est un facteur déterminant.
Concrètement, plusieurs implications pédagogiques et institutionnelles découlent de cette lecture :
- renforcer les cursus nationaux en électronique et micro‑électronique ;
- développer des partenariats entre universités, centres de recherche et entreprises fabless ;
- mettre en place des programmes d’incubation et de transfert de technologies pour stimuler la création de propriété intellectuelle locale ;
- favoriser la mobilité régionale des talents si les compétences locales ne peuvent être formées assez vite.
Ces orientations posent des défis pour les institutions de formation : adaptation des programmes, investissements matériels (laboratoires, outils de conception) et formation continue des enseignants et chercheurs.
Un avertissement pragmatique
Le professeur souligne enfin une limite pratique : si le vivier national ou l’accès aux talents régionaux n’est pas capable de fournir rapidement les ingénieurs nécessaires, la Malaisie — et par extension un pays en quête de montée en gamme comme le Vietnam — aura du mal à attirer durablement des investisseurs mondiaux.
Pour les responsables de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, le message est clair : la politique industrielle et la politique éducative doivent être coordonnées. Sans un écosystème de compétences robuste, les ambitions de transformation structurelle du secteur des semi‑conducteurs resteront incomplètes.