Le président bolivien Rodrigo Paz a officiellement démis de ses fonctions le ministre de l’Économie, José Gabriel Espinoza, après la censure votée par le Parlement, a indiqué un décret publié au Journal officiel. La décision fait suite au refus ou à l’impossibilité pour le ministre de se présenter devant les parlementaires afin de s’expliquer sur sa gestion du portefeuille économique.
Un vote parlementaire massif
La motion de censure a été adoptée par une large majorité des députés présents : 91 voix en faveur de la censure sur 129 parlementaires présents, pour un Parlement qui compte au total 166 sièges. Le président avait initialement résisté à la demande de destitution et saisi le Tribunal constitutionnel en contestant le caractère valide du vote, faisant valoir que la majorité des deux tiers requise n’avait pas été atteinte.
| Élément | Chiffres |
|---|---|
| Parlement total | 166 |
| Présents lors du vote | 129 |
| Voix pour la censure | 91 |
Motifs de la censure et succession intérimaire
Les parlementaires reprochaient au ministre notamment son absence lors d’une audition portant sur des sujets sensibles tels que l’émission d’obligations souveraines et les retards dans l’élaboration du budget de l’État. Le gouvernement a expliqué que M. Espinoza s’était rendu à Santa Cruz, puis au Brésil, ce qui l’empêchait d’être présent devant les élus.
Suite à la publication du décret présidentiel, le ministre de la Production durable, de l’Environnement et de l’Eau, Oscar Mario Justiniano Pinto, a été désigné pour assurer l’intérim à la tête du ministère de l’Économie.
Contexte économique et politique
Le départ d’Espinoza intervient dans un climat déjà troublé. Le gouvernement de M. Paz a été confronté, au printemps, à des tensions sociales marquées par sept semaines de manifestations et de barrages menés par des paysans, des ouvriers et des enseignants. Ces mouvements dénonçaient « l’absence de réponse à la crise économique » et réclamaient la démission de l’exécutif.
Malgré ces troubles, le ministère de l’Économie avait engagé des discussions avec plusieurs institutions financières internationales, dont la Banque interaméricaine de développement (BID), la CAF — banque de développement — et le Fonds monétaire international. Ces négociations visaient à obtenir des programmes de financement susceptibles d’apporter des ressources indispensables à la gestion macroéconomique du pays.
- Instabilité politique : la censure et la contestation juridique affaiblissent la capacité de décision du gouvernement sur les dossiers économiques prioritaires.
- Risques pour les financements : la continuité des négociations avec des bailleurs internationaux pourrait être perturbée par l’incertitude politique et la rotation ministérielle.
- Confiance des marchés : l’absence d’un interlocuteur stable au ministère de l’Économie peut compliquer la gestion des émissions souveraines et du calendrier budgétaire.
Sans nouvelles annonces officielles sur la stratégie économique à court terme, la nomination d’un intérimaire indique une volonté de maintenir la continuité administrative, mais la situation politique reste fragile tant que le contentieux autour de la validité du vote et des responsabilités politiques ne sera pas entièrement résolu.
Sur le plan social et macroéconomique, la période des manifestations récentes met en évidence la sensibilité de la population face à la détérioration économique et aux mesures proposées. La rapidité avec laquelle le gouvernement restaurera un consensus politique et remettra en ordre le calendrier budgétaire déterminera en grande partie la trajectoire financière des prochains mois.