La Banque mondiale a estimé vendredi que l'économie du Liban devrait se contracter de 6,4% en 2026, attribuant ce recul à l'impact du conflit opposant Israël et le Hezbollah, qui a interrompu les efforts de relance entrepris après les premières mesures d'amélioration observées en 2025.
Un choc sécuritaire qui annule une reprise récente
Selon le rapport, la nouvelle flambée de violence, déclenchée en mars par des attaques du Hezbollah contre Israël et la riposte israélienne, a provoqué un effondrement du tourisme, une baisse marquée de la consommation, des perturbations des chaînes d'approvisionnement et une insécurité accrue. Beyrouth fait état de plus de 4 300 morts liés aux affrontements, un élément central de la détérioration du climat économique et social.
Avant ce nouveau conflit, la Banque mondiale avait estimé que l'économie libanaise montrait des signes de redressement, avec une croissance réelle du PIB évaluée à 4,2% en 2025 — « la plus forte depuis le début de la crise financière de 2019 », relève l'institution.
Inflation et conséquences pour les ménages
La Banque mondiale anticipe également une accélération de l'inflation, qui devrait atteindre 17,5% en 2026. Une telle hausse pèse directement sur le pouvoir d'achat des ménages, déjà fragilisés par des années de dépréciation monétaire et de crise bancaire depuis 2019.
Le rapport mentionne aussi les déplacements prolongés de population comme facteur aggravant : réfugiés internes, perturbations des activités économiques locales et pression accrue sur les services publics compliquent la reprise et augmentent les besoins humanitaires.
« La poursuite des réformes — notamment en matière de restructuration du secteur bancaire et de gestion budgétaire — sera essentielle pour rétablir la confiance, préserver la stabilité et mobiliser les financements nécessaires à la reconstruction et à la reprise », a déclaré Dahlia Khalifa, directrice de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient.
Réformes exigées par la communauté internationale
La Banque mondiale rappelle que la communauté internationale conditionne une aide significative à l'acceptation de réformes structurelles. En ce sens, le Parlement libanais a adopté la semaine précédente une série d'amendements à une loi bancaire visant à amorcer la restructuration du secteur, mesure saluée par le Fonds monétaire international comme « une étape très positive ». Ces réformes sont perçues comme nécessaires pour restaurer la confiance des déposants et des bailleurs internationaux, mais elles arrivent dans un contexte sécuritaire et économique déjà fortement dégradé.
- Contraction du PIB : −6,4% en 2026 (Banque mondiale)
- Inflation : 17,5% prévue en 2026
- Croissance 2025 : +4,2% (estimation antérieure de la Banque mondiale)
- Victimes : plus de 4 300 morts selon Beyrouth
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| PIB réel (2026) | −6,4% |
| Inflation (2026) | 17,5% |
| Croissance (2025) | +4,2% |
Pour les ménages et les entreprises libanaises, la combinaison d'une forte inflation et d'un recul de l'activité signifie une dégradation du pouvoir d'achat, une hausse du chômage et des difficultés accrues d'accès au crédit. Pour les autorités et les partenaires internationaux, la priorité reste la stabilisation du secteur bancaire, la réassurance des déposants et la mise en œuvre de réformes budgétaires et structurelles, même si la sécurité sur le terrain rend l'exécution de ces réformes plus complexe.
La Banque mondiale alerte enfin sur le coût humain et économique d'une crise prolongée : sans reprise de la sécurité et sans avancées structurelles rapides, la trajectoire de sortie de crise du Liban risque de s'éloigner encore, avec des besoins de reconstruction et d'assistance internationale accrus.