Les professionnels de la comptabilité mettent en garde contre une montée des fraudes facilitées par l’intelligence artificielle, qui menace la fiabilité des documents financiers et peut exposer salariés, indépendants et entreprises à des sanctions. Le président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables, Damien Charrier, insiste sur la nécessité d’une vigilance accrue.
Un risque déjà concret dans la sphère publique
Les experts rappellent que l’IA peut produire des faux documents ou faciliter la falsification d’éléments justificatifs. À titre d’exemple, les contrôleurs de la Direction générale des finances publiques et les professionnels ont identifié près de 200 millions d’euros de fraudes liées au dispositif MaPrimeRénov’ en 2025. Ce chiffre est évoqué pour mesurer l’ampleur potentielle du phénomène si l’IA venait à être utilisée massivement à des fins frauduleuses.
« L’intelligence artificielle et son potentiel de production de faux documents, nécessite de notre part à tous une véritable prise de conscience »
Des outils existent, mais la préparation reste inégale
Plusieurs solutions techniques sont déjà déployées pour vérifier l’authenticité des pièces transmises à l’administration ou aux entreprises. Parmi elles, l’identification numérique via des services spécialisés, cités par les experts, permet d’attester l’origine d’un document. Selon Damien Charrier, plus de la moitié des sociétés faisant appel à un expert-comptable utilisent aujourd’hui certains dispositifs d’identification.
- Expert ID et systèmes d’identité numérique : permettent d’authentifier documents et personnes.
- Outils de contrôle automatisés : détection d’anomalies dans les notes de frais ou factures.
- Formations internes : renforcement des procédures et sensibilisation des collaborateurs.
Toutefois, le niveau de préparation des entreprises reste très hétérogène, souligne le baromètre d’un assureur spécialisé. Les grandes structures montrent généralement plus d’avance dans la mise en place de dispositifs de prévention, alors que les PME et indépendants apparaissent plus vulnérables.
Conséquences pratiques pour les ménages et les indépendants
Pour les ménages et les indépendants, la généralisation d’une fraude assistée par l’IA pourrait se traduire par plusieurs risques concrets :
- contrôles fiscaux plus fréquents et délais dans le traitement des demandes d’aides ;
- rejet ou restitution d’aides publiques en cas de pièces jugées frauduleuses ;
- perte de confiance des partenaires commerciaux et coûts supplémentaires pour la mise en conformité.
Les experts recommandent donc la mise en place de contrôles renforcés au sein des entreprises, mais aussi des campagnes de sensibilisation ciblées pour les indépendants qui ne disposent pas toujours des ressources pour déployer des outils sophistiqués.
Prévenir plutôt que réparer
Au-delà des dispositifs techniques, plusieurs intervenants soulignent l’importance de la formation continue des employés en charge des justificatifs et du flux financier. L’objectif : détecter les anomalies avant qu’elles n’entraînent des conséquences pénales, disciplinaires ou financières. Des études sectorielles évoquent notamment une vulnérabilité accrue concernant les notes de frais, domaine où la fraude reste fréquente.
| Élément | Mesure préventive |
|---|---|
| Notes de frais | Automatisation des contrôles et plafonds préétablis |
| Factures | Vérification d’identité numérique et rapprochement automatique |
| Aides publiques | Contrôles croisés entre administrations et outils d’authentification |
Les professionnels insistent enfin sur la responsabilité partagée : administrations, cabinets d’expertise, directions financières et salariés doivent coordonner leurs efforts. Sans cela, la montée en puissance de l’IA risque d’aggraver des fraudes déjà coûteuses et de compliquer la vie des entreprises et des indépendants qui respectent la réglementation.
Pour les décideurs économiques en Belgique, la leçon est claire : investir dans des systèmes d’identification fiables et dans la formation interne est désormais une condition pour limiter les risques et préserver la fiabilité des documents comptables.