Le président de l'Assemblée nationale du Venezuela a annoncé samedi l'ouverture d'une procédure d'enquête visant le député d'opposition Antonio Ecarri, après que celui-ci a rendu publique une proposition visant la dollarisation formelle de l'économie vénézuélienne. L'initiative, inspirée par les conseils de l'économiste américain Steve Hanke, suscite une vive réaction au sein de l'hémicycle et questionne la portée constitutionnelle d'une telle réforme monétaire.
Motifs officiels et mesures prises
Dans un communiqué, Jorge Rodríguez a indiqué avoir lancé « une procédure d'enquête afin d'établir les fautes commises » par le parlementaire. Il a également annoncé la déchéance d'Ecarri de la présidence du groupe d'amitié parlementaire entre le Venezuela et les États-Unis.
Selon le même communiqué, le député est accusé d'avoir enfreint plusieurs textes :
- le règlement des débats du Parlement,
- et l'article de la Constitution qui définit la devise nationale comme étant le bolivar et reconnaît la Banque centrale comme « l'organisme public qui, de manière exclusive et obligatoire, exerce les politiques monétaires ».
Une proposition contestée
Antonio Ecarri, à la tête du parti Lápiz, avait annoncé vendredi sur le réseau X qu'il travaillait à une « proposition visant à avancer vers une dollarisation formelle de l'économie vénézuélienne », en s'appuyant sur les recommandations de Steve Hanke. L'économiste, professeur à l'université Johns Hopkins, est connu pour mesurer l'inflation à partir de la parité de pouvoir d'achat et des taux de change du marché noir, et pour avoir conseillé d'autres pays confrontés à des crises monétaires.
« la dollarisation permettrait de freiner l'inflation et de réduire l'écart de change qui détruit le pouvoir d'achat des Vénézuéliens »
Dans ses déclarations publiques, l'opposant défend l'idée que le recours au dollar pourrait stabiliser les prix et limiter l'érosion du pouvoir d'achat. Il s'appuie sur l'argument que la dollarisation réduirait les distorsions entre le taux de change officiel et les taux de marché, éléments qui, selon lui, contribuent à l'hyperinflation et à l'appauvrissement des ménages.
Réactions et arrière-plan politique
La proposition a provoqué une réaction virulente de la part du président du Parlement, qui avait qualifié la veille l'initiative de « stupidité » lors d'une séance à laquelle Ecarri n'assistait pas. L'hostilité s'inscrit dans un contexte politique tendu : Jorge Rodríguez est le frère de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, ce qui confère une dimension politique et symbolique à la sanction décidée contre l'élu.
La Constitution vénézuélienne consacre explicitement le bolivar comme unité monétaire nationale et confère à la Banque centrale la responsabilité exclusive des politiques monétaires, cadre qui sert de base juridique aux critiques adressées à la proposition de dollarisation.
Un débat économique aux conséquences concrètes
Au-delà des enjeux juridiques et politiques, la proposition met en lumière des questions économiques bien réelles : la trajectoire de l'inflation, l'accès aux devises étrangères, et la confiance dans les institutions monétaires. Steve Hanke, qui a conseillé des pays confrontés à des crises similaires, défend l'idée que la dollarisation peut, dans certains contextes, permettre de stabiliser une économie en crise. L'opposition entre partisans d'une réforme radicale et défenseurs d'une souveraineté monétaire stricte est ainsi portée sur la place publique.
| Acteur | Rôle | Action |
|---|---|---|
| Antonio Ecarri | Député d'opposition, président du parti Lápiz | Proposition de dollarisation formelle; retiré de la présidence du groupe d'amitié Venezuela-Etats-Unis |
| Jorge Rodríguez | Président du Parlement | Ouverture d'une enquête; critique publique de la proposition |
| Steve Hanke | Économiste (Johns Hopkins) | Conseiller de la proposition de dollarisation |
La suite de la procédure parlementaire devrait préciser si des sanctions disciplinaires seront prononcées et si l'initiative d'Ecarri pourra être discutée ou rejetée au regard des dispositions constitutionnelles. En attendant, le dossier relance le débat sur les outils possibles pour freiner l'inflation et protéger le pouvoir d'achat des ménages vénézuéliens, au prix d'un arbitrage lourd entre souveraineté monétaire et stabilité économique.