La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a enregistré 153 000 rendez‑vous non honorés sans annulation auprès de médecins de famille en 2025, selon des données rendues publiques dimanche par TVA Nouvelles. Ce volume équivaut à une moyenne d’environ 400 rendez‑vous perdus par jour, un signe supplémentaire des tensions pesant sur l’accès aux soins primaires.
Une sous‑estimation probable
La RAMQ précise toutefois que ces chiffres constituent une estimation partielle : les omnipraticiens ont la possibilité de ne pas transmettre à la Régie l’information concernant les absences, et les rendez‑vous chez les spécialistes ou avec d’autres professionnels de santé ne sont pas pris en compte dans ce décompte. Autrement dit, le phénomène pourrait être plus étendu que ne le suggèrent ces données.
Conséquences concrètes pour le système et les patients
Sur le terrain, ces « no shows » ont des impacts tangibles. Le Dr Benoît Heppell, interrogé dans le reportage, souligne que, au‑delà de la gêne pour le praticien, ces rendez‑vous manqués privent d’autres patients d’un créneau utile. En se basant sur les chiffres de la RAMQ et sur l’hypothèse qu’un patient consulte en moyenne 2 à 2,5 fois par an son médecin de famille, le Dr Heppell estime que les rendez‑vous non honorés pourraient correspondre à la capacité de prise en charge d’environ 60 000 personnes.
Outre la perte de capacité d’accueil, l’absentéisme crée des perturbations dans l’organisation des cabinets : plages horaires inutilisées, augmentation de la charge administrative et difficulté à planifier les soins pour les patients nécessitant un suivi régulier.
Des causes variées, pas seulement la « faute » des patients
Interrogé sur les responsabilités, le Dr Heppell met en garde contre une lecture simpliste qui incriminerait systématiquement les patients. Il rappelle que l’annulation d’un rendez‑vous peut se heurter à des obstacles pratiques : difficultés à joindre une centrale téléphonique, lignes saturées ou absence d’outils d’annulation faciles d’accès.
« On peut bien blâmer les gens qui ne viennent pas, mais parfois, c’est la croix et la bannière pour annuler les rendez‑vous », a‑t‑il noté.
Pour lui, la solution ne réside pas uniquement dans la sanction du patient, mais aussi dans l’amélioration des dispositifs administratifs : systèmes de prise et d’annulation en ligne plus accessibles, confirmation automatisée des rendez‑vous, ou dispositifs de rappel efficaces.
Mesures possibles et pistes d’amélioration
Sans proposer de mesure précise issue d’une autorité dans le reportage, le constat suggère plusieurs leviers susceptibles de réduire le nombre de rendez‑vous non honorés. Parmi les actions souvent évoquées par les experts et gestionnaires de cabinets :
- renforcer les outils numériques pour permettre la prise et l’annulation de rendez‑vous en quelques clics ;
- mettre en place des rappels par SMS ou courriel et des confirmations automatisées ;
- réfléchir à des politiques d’incitation ou de pénalisation, en veillant à ne pas restreindre l’accès aux patients vulnérables ;
- améliorer les services téléphoniques des cliniques pour réduire les difficultés de contact.
Ces pistes doivent toutefois être évaluées au regard du contexte local et des enjeux d’équité : une pénalisation systématique risquerait de pénaliser les personnes en situation précaire ou sans accès régulier à Internet.
Un signal d’alarme pour d’autres systèmes de santé
Le chiffre publié par la RAMQ met en lumière un phénomène qui n’est pas propre au Québec : dans de nombreux pays, la mauvaise gestion des rendez‑vous alourdit des systèmes déjà tendus et complique l’accès aux soins. En Belgique, comme ailleurs, la question de l’organisation des cabinets et des moyens numériques mobilisables reste au cœur des réflexions sur l’amélioration de l’accès aux soins primaires.
Face à un nombre important de rendez‑vous non honorés, les autorités et les professionnels sont confrontés à un double impératif : augmenter l’efficacité logistique des services et préserver l’accès aux soins pour tous. La donnée de la RAMQ doit servir de point de départ à des analyses plus fines afin d’identifier les groupes les plus affectés et les solutions les mieux adaptées.