Une analyse multi‑omique complète du corps de Maria Branyas Morera, décédée le 19 août 2024 à l’âge de 117 ans et 168 jours, a été publiée dans la revue Cell Reports Medicine par une équipe de l’Institut Josep Carreras à Barcelone.
Un profil paradoxal : usure cellulaire et résistance clinique
Les chercheuses et chercheurs dirigés par les biologistes Manel Esteller et Eloy Santos‑Pujol ont cartographié non seulement le génome de la supercentenaire, mais aussi son protéome, ses métabolites, son épigénome et son microbiote intestinal. L’objectif : comprendre pourquoi certains organismes atteignent un âge extrême sans développer les maladies majeures habituellement attendues avec le vieillissement.
Le résultat est double. D’un côté, Maria Branyas présentait des marqueurs biologiques d’un âge cellulaire très avancé : des télomères fortement raccourcis et un système immunitaire manifestement fatigué. Ces éléments sont classiquement associés à une usure biologique importante.
De l’autre, son histoire médicale montre qu’elle a longtemps échappé aux grandes pathologies liées à l’âge — cancers majeurs, démences, infarctus — ce qui a incité l’équipe catalane à l’étudier comme un modèle de « vieillissement en bonne santé ». Les chercheur·e·s relèvent ainsi la co‑existence d’un profil cellulaire fragile et de traits protecteurs encore mal compris.
Méthodologie : prélèvements minimement invasifs et approche intégrée
Les données ont été obtenues à partir de prélèvements minimement invasifs : sang, salive et selles. Cette stratégie a permis d’obtenir plusieurs couches d’information biologiquement complémentaires, une méthode dite multi‑omique qui gagne en importance dans les recherches sur le vieillissement.
| Type de données | But |
|---|---|
| Génome | Identifier variantes génétiques associées à longévité ou protection contre maladies |
| Protéome | Observer l’expression des protéines et voies métaboliques |
| Métabolome | Mesurer signatures métaboliques liées au vieillissement |
| Épigénome | Évaluer modifications régulatrices de l’expression génique |
| Microbiote intestinal | Étudier l’impact des communautés bactériennes sur la santé |
Ce que ces résultats signifient pour la recherche sur le vieillissement
Cette étude illustre que la longévité extrême ne se limite pas à un simple ralentissement du « processus de vieillissement ». Au contraire, elle montre une combinaison de déficits biologiques apparents et de mécanismes protecteurs qui ont permis à cette personne d’éviter des pathologies graves malgré des signes d’usure cellulaire.
Pour les équipes qui étudient la longévité et la santé publique, l’enjeu est désormais de déterminer quelles caractéristiques — génétiques, épigénétiques, métaboliques ou liées au microbiote — sont réellement causales et éventuellement transférables en interventions préventives ou thérapeutiques.
- La publication par l’Institut Josep Carreras offre une banque de données précieuse pour la communauté scientifique.
- La méthode multi‑omique permet de croiser plusieurs niveaux d’information pour mieux saisir la complexité du vieillissement.
- Les enseignements restent pour l’instant descriptifs : il faudra des cohortes plus larges et des études fonctionnelles pour valider des pistes d’intervention.
En Belgique, comme ailleurs, le vieillissement de la population et la prévention des maladies liées à l’âge constituent des priorités de santé publique. Ces travaux rappellent que comprendre la longévité ne consiste pas seulement à chercher des « gènes de longévité », mais à explorer l’interaction complexe entre l’usure biologique et les facteurs de résilience. Les autorités sanitaires et les chercheurs devront suivre ces pistes pour traduire des observations uniques en connaissances utiles à la population.
La communauté scientifique attend désormais des études comparatives et des réplications pour savoir si certaines signatures observées chez Maria Branyas sont partagées par d’autres supercentenaires ou si elles relèvent d’un profil exceptionnel et unique.