Le Sénégalais Mamadou Amadou Ly, directeur exécutif de l’ONG ARED (Associates in Research and Education for Development), a reçu le Prix Yidan 2025, souvent présenté comme le « Nobel » de l’éducation. Cette distinction couronne plus de trente ans d’engagement en faveur de l’enseignement bilingue et de l’alphabétisation en langues nationales.
Un parcours ancré dans l’expérience et la communauté
Né à Podor, dans le nord du Sénégal, Mamadou Amadou Ly raconte avoir commencé très tôt à enseigner la lecture à ses propres parents, incapables d’écrire ou de lire. C’est en s’appuyant sur le pulaar qu’il a mené ces premiers travaux d’alphabétisation, constatant l’impact immédiat sur la dignité et l’autonomie des adultes qu’il aidait. Ces premières initiatives locales l’ont ensuite conduit à s’impliquer dans ARED, ONG fondée en 1990 par Sonja Fagerberg-Diallo.
À l’origine, les activités consistaient à traduire des textes en pulaar, les imprimer et les distribuer. La demande y était telle qu’il a fallu rapidement structurer l’action et trouver des financements pour pérenniser le travail mené sur le terrain.
Langues nationales, IA et souveraineté éducative
Dans les entretiens reproduits par Forbes Afrique, Ly insiste sur deux idées centrales pour l’avenir de l’éducation en Afrique : d’une part, la nécessité de généraliser l’enseignement dans les langues nationales ; d’autre part, l’importance pour le continent de développer ses propres modèles éducatifs, notamment à l’heure où l’intelligence artificielle redessine les modes d’apprentissage. Il résume cette mutation par une formule forte :
« Les données linguistiques sont devenues un actif stratégique »
Cette perspective met l’accent sur la valeur intrinsèque des corpus, ressources pédagogiques et outils linguistiques locaux. Pour Ly, s’appuyer sur les langues nationales n’est pas seulement une question d’accès : c’est une stratégie pour construire des systèmes éducatifs adaptés aux réalités culturelles et cognitives des élèves africains.
De l’action locale à l’intégration nationale
Le directeur d’ARED décrit également le chemin parcouru : d’actions communautaires de terrain à une intégration progressive dans les politiques publiques. Si le récit fourni dans l’interview évoque la traduction et la distribution initiales de matériels en pulaar, il indique aussi une montée en puissance, jusqu’à une « stratégie globale » intégrée au programme d’éducation nationale sénégalais. Le détail des étapes administratives et politiques n’est pas développé dans l’extrait disponible, mais le processus illustre la façon dont des initiatives non gouvernementales peuvent influer sur les choix éducatifs d’État lorsqu’elles répondent à un besoin massif.
- Origines : alphabétisation adulte fondée sur le pulaar.
- Institution : ARED, créée en 1990.
- Reconnaissance : Prix Yidan 2025 pour l’impact sur l’enseignement bilingue.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1990 | Fondation d’ARED par Sonja Fagerberg-Diallo |
| 2025 | Attribution du Prix Yidan à Mamadou Amadou Ly |
Pour les acteurs de l’éducation, la leçon est double : la promotion des langues nationales peut améliorer l’apprentissage initial et renforcer la participation citoyenne ; parallèlement, la protection, la valorisation et l’industrialisation des ressources linguistiques deviennent des enjeux stratégiques à l’ère numérique et de l’IA.
Dans le contexte européen, ces trajectoires interrogent aussi les approches de pluralisme linguistique à l’école et la place qu’on laisse aux communautés linguistiques minoritaires dans les politiques publiques. Elles posent enfin la question des partenariats internationaux : comment soutenir des initiatives locales sans les substituer à des capacités locales de décision ?
La reconnaissance du travail de Mamadou Amadou Ly par le Prix Yidan offre une visibilité nouvelle à ces débats, et rappelle que l’innovation éducative peut émerger de pratiques simples, solidement ancrées dans la vie des communautés, puis se diffuser à l’échelle nationale et au‑delà.