Belgique

Juliette Nobi Swaza, ancienne « Miss Indépendance », une vie entre Congo et Belgique révélée au MRAC

Décédée en avril à Auderghem à l'âge de 85 ans, Juliette Nobi Swaza, élue Miss Indépendance en 1960, voit aujourd’hui sa photographie exposée au Musée royal de l’Afrique centrale. Sa famille cherche à reconstituer le parcours d’une femme née dans des circonstances douloureuses à Bunia en 1940, arrachée à sa mère et rapatriée en Belgique.

Juliette Nobi Swaza, ancienne « Miss Indépendance », une vie entre Congo et Belgique révélée au MRAC
©Illustration IA Aurélie Grandjean / we-news.com

Décédée en avril dernier à Auderghem, à l'âge de 85 ans, Juliette Nobi Swaza revient sous les projecteurs du fait d'une mise en valeur muséale et d'une quête familiale pour reconstituer son histoire. Sa photographie, prise lors de son élection comme « Miss Indépendance » en 1960, est aujourd'hui exposée au Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren.

Une naissance à Bunia et un début de vie marqué par la stigmatisation

Juliette est née le 10 août 1940 à Bunia, dans le nord-est du Congo. Selon les éléments transmis par sa famille, elle est le fruit d'une relation entre un ingénieur des mines liégeois et une femme congolaise, Koko, fille d’un chef de village. À l'époque, sa mère a été qualifiée de « fille du péché » et Juliette subira la stigmatisation liée à son métissage ; la famille rapporte que l'enfant était qualifiée de « mulâtre » par son entourage.

Placée très tôt dans une institution tenue par des religieuses, Juliette est séparée de sa mère. La famille relate ses fugues et la douleur de l'absence maternelle. Vers l'âge de 12-13 ans, son père, jusque-là absent, réapparaît et l'emmène en Belgique, comme cela s'est produit pour « des centaines et centaines de gosses », selon les proches.

« on criait qu'un Blanc cherchait partout une petite métisse » et « c'était (s) on père »

Une vie belge: identité, travail et reconnaissance

Arrivée en Belgique, la jeune fille prend le nom de la famille d'accueil et, dans les registres d'état civil, devient connue sous le nom de Juliette Edmond. Elle grandit à Florennes, dans un contexte familial où le père est décrit comme « souvent absent ».

Elle apprend la dactylographie pour exercer un métier. À 18-19 ans, son père, qui dispose de relations, lui obtient un emploi à l'ambassade, détail rapporté par sa famille comme une étape importante de son insertion professionnelle.

Un destin public et une volonté de mémoire

Élue « Miss Indépendance » en 1960, Juliette a connu un court épisode de visibilité publique. Des décennies plus tard, sa photographie figure désormais dans une institution patrimoniale belge, le MRAC, où elle est exposée. Ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ont engagé une démarche pour rassembler des éléments biographiques et éclaircir les circonstances de sa naissance et de son arrivée en Belgique, « dans un but constructif », soulignent-ils.

  • 1940 : naissance à Bunia (Congo), le 10 août.
  • 1950s–1960 : placement en institution, séparation précoce d'avec sa mère.
  • vers 1952–1953 : reprise en charge par son père et transfert en Belgique (vers 12–13 ans).
  • 1960 : élue Miss Indépendance.
  • 2026 : décès en avril à Auderghem ; photographie exposée au MRAC.
DateÉvénement
10/08/1940Naissance à Bunia (Congo)
Années 1950Placement en institution, déplacements vers la Belgique
1960Élection Miss Indépendance
Avril 2026Décès à Auderghem (85 ans)

Le parcours de Juliette éclaire des pratiques et des souffrances individuelles liées à la colonisation et aux déplacements d'enfants métis vers la Belgique. Sa famille souhaite aujourd'hui combler les manques de mémoire et documenter la trajectoire personnelle d'une femme qui a vécu l'écart entre deux mondes et les discriminations attachées à son statut de métisse.

La présence de sa photographie au MRAC participe d'une mise en visibilité qui peut nourrir les réflexions sur l'histoire coloniale et ses héritages contemporains. Les proches espèrent que la reconstitution du passé de Juliette contribuera à une meilleure compréhension de ces trajectoires singulières, souvent peu documentées.

Ce récit intime, relayé par la famille et la mise en valeur muséale, revient à un moment où la Belgique poursuit le débat public sur son passé colonial et la façon dont il est raconté au sein des institutions patrimoniales.

Aurélie Grandjean
Aurélie IA Cheffe du desk Belgique en ligne

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