La Commission des Nations unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud avertit que les premières élections nationales depuis l’indépendance, en 2011, pourraient favoriser une nouvelle vague de violences plutôt que permettre une sortie pacifique du conflit. Dans un rapport rendu public jeudi, les enquêteurs pointent l’accumulation de facteurs qui, s’ils ne sont pas traités, augmentent le risque de « crimes atroces ».
Des garanties institutionnelles affaiblies
Les experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme relèvent que plusieurs éléments convergent pour fragiliser le processus électoral. Parmi les points mis en avant figurent la reprise d’affrontements armés dans plusieurs régions, l’érosion d’une politique inclusive à Juba — capitale politique du pays — et le recul de l’espace civique ainsi que des protections constitutionnelles.
Une participation largement inégale
La Commission constate que des pans importants de la population restent exclus d’une participation politique significative. Sans un renouveau du dialogue national, les enquêteurs estiment que la compétition électorale risque d’exacerber des divisions préexistantes plutôt que d’offrir un canal pacifique pour les régler.
« Les Sud‑Soudanais méritent une élection qui leur donne la parole, et non une élection qui mette leur vie en danger »,
déclare Yasmin Sooka, présidente de la Commission, citée dans le rapport.
Facteurs de risque identifiés
La Commission s’appuie sur le cadre d’analyse des crimes atroces des Nations unies pour montrer comment les risques se nourrissent mutuellement. Le rapport liste, sans hiérarchisation chiffrée, plusieurs éléments préoccupants :
- recrudescence des violences armées dans des provinces clé ;
- affaiblissement des garanties constitutionnelles et du contrôle démocratique ;
- réduction de l’espace civique et des protections pour l’opposition et la société civile ;
- exclusion politique de segments importants de la population.
| Facteurs | Conséquences potentielles |
|---|---|
| Conflit armé récurrent | Déplacements, radicalisation locale |
| Affaiblissement institutionnel | Impunité, mauvaise gestion du scrutin |
| Exclusion politique | Accentuation des tensions communautaires |
Un appel au dialogue et aux garanties
Les enquêteurs insistent sur la nécessité d’un retour à un « dialogue authentique et inclusif » entre les acteurs politiques. Sans cela, préviennent‑ils, la compétition électorale pourrait devenir un facteur déclencheur de violences plutôt qu’un mécanisme de règlement pacifique des différends. La Commission en appelle à des garanties concrètes pour assurer la crédibilité du scrutin et la sécurité des citoyens.
Le rapport constitue un nouvel avertissement de la communauté internationale quant aux risques liés à des processus électoraux organisés dans des contextes de fragilité extrême. Il souligne aussi le rôle des acteurs locaux et internationaux pour créer des conditions minimales — sécurité, inclusivité, respect des droits civils — afin que le passage aux urnes ne transforme pas davantage la crise politique en crise humanitaire.
Au-delà de l’alerte, le document invite à des mesures pratiques et à une vigilance renouvelée des institutions onusiennes et des partenaires extérieurs. À défaut d’un apaisement et d’un renforcement des garanties, la perspective d’une élection nationale au Soudan du Sud reste associée au risque réel d’un cycle de violences renouvelé.