Peu après son arrivée à la tête du Parti communiste vietnamien en juillet 2024, le général Tô Lâm a lancé un programme de transformations ambitieuses, annonçant « une nouvelle ère de prospérité nationale » et un objectif de croissance inédit : porter l'économie vers un taux à deux chiffres d'ici 2030, contre environ 8 % actuellement.
Des objectifs de croissance élevés et des décisions rapides
Ces ambitions ne sont pas restées de simples mots. L'exécutif a engagé des mesures concrètes pour accélérer l'activité économique, en particulier par la simplification des structures administratives et politiques. Le calendrier et la portée des décisions montrent la volonté d'une mise en œuvre rapide des réformes, sous la bannière d'une formule devenue slogan :
« Le temps ne nous attend pas. »
Parmi les premières mesures, la suppression ou la fusion de plusieurs ministères figure en bonne place, de même que la disparition des administrations de district. Les fonctionnaires concernés ont été soit transférés vers les échelons provinciaux ou communaux, soit incités à partir à la retraite. Ces réaménagements s'inscrivent dans un mouvement de concentration des compétences à un niveau territorial supérieur.
Recalibrage territorial : moins d'unités provinciales
L'un des changements institutionnels les plus notables concerne la réduction du nombre d'unités provinciales. Le Vietnam, qui comptait 63 unités provinciales et de niveau provincial, en a vu le nombre ramené à 34 nouvelles entités en l'espace de quelques mois. Cette réforme, conduite à un rythme inhabituellement rapide, modifie en profondeur les équilibres régionaux et les points d'appui traditionnels des factions au sein du Parti.
| Élément | Avant | Après |
|---|---|---|
| Unités provinciales | 63 | 34 |
| Taux de croissance visé | ≈ 8 % | Objectif à deux chiffres d'ici 2030 |
Ouverture au secteur privé et grands projets
Sur le plan économique, Tô Lâm rompt clairement avec certaines pratiques antérieures en appelant le secteur privé à jouer le premier rôle dans la dynamique nationale. Le gouvernement a autorisé le lancement de projets d'envergure, notamment un projet de train à grande vitesse et la construction de centrales nucléaires. Certaines de ces opérations ont été confiées à de grands conglomérats privés disposant de relations politiques établies.
Ce positionnement marque un choix stratégique : stimuler la croissance par de grands investissements et par une plus grande implication des acteurs privés, tout en conservant une coordination forte de l'État au sommet. Le risque de concentration des marchés et de connexions étroites entre grands groupes et sphère politique est implicite dans ce type de montage mais n'a pas été documenté par des chiffres supplémentaires dans le dossier consulté.
Affirmation diplomatique
Parallèlement aux réformes intérieures, le chef du Parti a donné une forte impulsion à la diplomatie. Au cours des deux dernières années, il a multiplié les déplacements à l'étranger — une vingtaine de pays visités — et élevé plusieurs relations bilatérales « au plus haut niveau possible ». Ce volet international vise à accompagner le redéploiement économique par une insertion renforcée du Vietnam dans les réseaux d'investissements et de coopération régionale et mondiale.
Conséquences et incertitudes
La combinaison d'une administration recentralisée, d'une ouverture accrue au privé et d'une diplomatie offensive dessine un modèle de croissance volontariste. À court terme, ces choix peuvent accélérer la réalisation d'infrastructures et favoriser l'attractivité des capitaux. À moyen et long terme, le remaillage territorial et la concentration de pouvoirs soumettent toutefois le paysage politique à des recompositions rapides, susceptibles d'affecter les équilibres internes au Parti et les circuits de décision.
- Réduction territoriale : de 63 à 34 unités provinciales.
- Ambition économique : objectif de croissance à deux chiffres d'ici 2030 (contre ~8 % aujourd'hui).
- Priorité au privé : grands projets d'infrastructures attribués à des conglomérats privés.
Les effets concrets de cette trajectoire dépendront de la capacité du Vietnam à conserver une cohérence institutionnelle après ces réformes rapides, et de la réponse des acteurs économiques tant nationaux qu'internationaux à ces nouvelles conditions d'action.