Une campagne archéologique de trois ans vient de débuter sur le camp militaire de Canjuers, dans le Var, où des chercheurs et étudiants vont étudier des vestiges attribués à des sociétés de chasseurs‑cueilleurs. Le site, qui s'étend sur près de 35 000 hectares et reste pour une large part préservé des activités humaines, est présenté par les scientifiques comme un « laboratoire» exceptionnel pour la recherche.
Un accès encadré à un terrain préservé
Le camp militaire de Canjuers accueille chaque année des équipes de recherche, à la condition que les travaux n'entravent pas les activités militaires. Le commandant Olivier, officier chargé de l'environnement au 1er régiment de chasseurs d'Afrique, explique que l'ouverture à la recherche a aussi vocation à valoriser le patrimoine naturel du département :
« Pour présenter un autre aspect de Canjuers et contribuer à la valorisation du patrimoine naturel du département, le camp est ouvert à la recherche scientifique sur autorisation, lorsque ça ne gêne pas nos activités. »
Outre l'archéologie, des naturalistes y mènent des suivis sur des espèces comme la vipère d'Orsini et des paléontologues cherchent des fossiles datant d'environ 65 millions d'années, rappelle le camp.
Un chantier‑école dirigé par des spécialistes
La campagne en cours est dirigée par Julia Ricci, enseignante‑chercheuse à l’université Toulouse Jean‑Jaurès, et Benjamin Audiard, spécialiste en anthracologie (l'étude des bois carbonisés). Il s'agit d'un chantier‑école qui forme des étudiants de licence et de master aux techniques de terrain et aux protocoles de fouille.
Sur le terrain, l'équipe compte entre 12 et 15 personnes, complétée par des étudiants bénévoles venus de plusieurs villes françaises et italiennes, dont Toulouse, Paris, Lyon, Rennes, Pise, Gènes et Aix‑en‑Provence. Les participants ont été sélectionnés parmi environ 80 candidatures, ce qui témoigne d'une forte demande pour ce type d'expérience pratique.
- Durée de la campagne : trois ans (2026‑2028)
- Encadrement : chercheurs et enseignants‑chercheurs
- Objectifs pédagogiques : formation des étudiants en licence et master
Un site riche en indices archéologiques
Les fouilles se déroulent au sein du complexe archéologique des Baumes de la Bruyère, dans des gorges situées entre Comps‑sur‑Artuby et Seillans. Les cavités étudiées sont des abris‑sous‑roche caractéristiques de la Provence, creusés dans les calcaires du Jurassique et de forme plutôt ronde.
Ces cavités avaient été repérées à partir des archives spéléologiques du Var. Lors des premières prospections menées en 2023, les équipes ont relevé en surface de la céramique et des éclats de silex, éléments qui ont motivé la réalisation de sondages et la programmation d'une campagne plus approfondie.
Du terrain au laboratoire : un protocole rigoureux
Le travail suit un protocole scientifique strict : les sédiments sont fouillés par fenêtres stratigraphiques, puis les prélèvements sont analysés en laboratoire, y compris l'étude des charbons et des bois carbonisés pour reconstituer les pratiques humaines et l'environnement ancien. La campagne actuelle fait suite à une première phase de trois ans qui a permis d'affiner les questions de recherche.
| Élément | Information |
|---|---|
| Surface du camp | 35 000 ha |
| Participants sur le terrain | 12–15 personnes + étudiants bénévoles |
| Sélection | ~80 candidatures pour la session |
| Durée de la programmation | 3 ans |
Outre l'acquisition de données sur l'occupation humaine passée, ces campagnes ont un rôle de transmission des méthodes archéologiques auprès d'une nouvelle génération de chercheurs. D'autres promotions d'étudiants auront la possibilité de participer aux sessions programmées en 2027 et 2028, prolongeant ainsi l'effort collectif de recherche sur ce territoire préservé.