Le consortium français AION a formalisé une offre pour l'appel d'offres européen visant à implanter sept « giga‑fabriques » consacrées à l'intelligence artificielle dans l'Union. Le groupement, piloté par Scaleway, promet un engagement financier significatif : 10 milliards d'euros d'investissements si sa candidature est retenue.
Une coalition d'acteurs majeurs
AION réunit au total 28 entreprises couvrant l'ensemble des chaînes de valeur nécessaires à la construction et à l'exploitation d'installations à très grande échelle. Parmi les membres figurent notamment Artefact et Capgemini pour le déploiement opérationnel et l'industrialisation, Bull pour la fourniture de supercalculateurs et de microprocesseurs, EDF pour l'approvisionnement énergétique, ainsi que Groupe Iliad et Orange pour les infrastructures de centres de données et le cloud souverain. Le montage financier est soutenu par Ardian, la société de capital‑investissement dirigée par Dominique Senequier, qui gère plus de 200 milliards de dollars d'actifs à l'échelle mondiale.
« La course pour construire l’infrastructure de l’IA européenne est ouverte. L’Europe ne peut plus se permettre d’externaliser les fondations de l’avenir de son IA. Avec AION, nous voulons contribuer à l’indépendance, la résilience et au leadership de l’écosystème européen », a affirmé Damien Lucas, PDG de Scaleway.
La composition du consortium illustre la volonté française d'aligner capacités industrielles, expertise logicielle, infrastructures de cloud et approvisionnement énergétique pour répondre aux exigences d'un projet de cette ampleur.
Pourquoi la France pense avoir un avantage
Parmi les arguments mis en avant par AION figure la qualité de l'approvisionnement électrique. L'électricité représente plus de 30 % des coûts d'exploitation d'un centre de données, et la France met en avant une production capable de répondre aux critères requis par ce type d'infrastructures, en particulier en matière de coût et de décarbonation.
Les sept giga‑fabriques prévues par l'UE doivent être réparties entre 27 États membres, ce qui signifie qu'une partie seulement des candidatures recevra un feu vert. L'objectif affiché par AION est d'obtenir qu'au moins l'une de ces usines soit implantée sur le sol français.
- Montant proposé : 10 milliards d'euros d'investissements.
- Nombre d'acteurs impliqués : 28 entreprises.
- Rôle d'Ardian : soutien financier, gestion d'actifs de plus de 200 milliards de dollars.
Conséquences et enjeux pour l'Europe
Si elle aboutit, une implantation française aurait des répercussions concrètes : création d'emplois hautement qualifiés, renforcement des capacités industrielles et d'hébergement des modèles d'IA en Europe, et réduction de la dépendance au matériel et aux plateformes étrangers. Pour les entreprises et ménages européens, cela peut se traduire par une plus grande maîtrise des données, des services cloud considérés comme « souverains » et potentiellement des offres compétitives en matière d'infrastructure numérique.
Cependant, la compétition est serrée. Avec seulement sept sites à distribuer entre 27 pays, les arbitrages porteront sur des critères techniques, énergétiques, environnementaux et géopolitiques. L'UE devra également évaluer la robustesse des engagements financiers et la capacité des consortiums à livrer des infrastructures conformes aux normes de sécurité et de durabilité exigées.
| Acteurs clés | Rôle annoncé |
|---|---|
| Scaleway | Initiative du consortium, expertise en supercalculateurs |
| Bull | Fourniture de supercalculateurs et microprocesseurs |
| EDF | Approvisionnement énergétique bon marché et décarboné |
| Capgemini, Artefact | Déploiement opérationnel et industrialisation |
| Ardian | Soutien financier |
Le dossier français montre que les candidatures misent non seulement sur des capitaux mais aussi sur des chaînes d'approvisionnement et des infrastructures nationales. L'Union européenne doit désormais arbitrer entre projets concurrents, en gardant à l'esprit les objectifs de souveraineté technologique, d'efficacité énergétique et de compétitivité industrielle.
Pour la France et pour AION, l'heure d'une décision finale de Bruxelles approche : elle déterminera en partie l'architecture industrielle et géopolitique de l'IA en Europe pour la décennie à venir.