Un départ depuis la formation, un retour à la BSR de Tournai
En septembre 1996, de retour à la BSR de Tournai après une formation à l'école des cadres à Bruxelles, Eric Demarque se porte volontaire pour renforcer la cellule d'enquête constituée à Neufchâteau après la libération de Sabine Dardenne et la découverte de corps de victimes liées à l'affaire Dutroux. L'enquête, explique-t-il, s'annonçait « hors normes » et nécessitait des renforts alors que, localement, lui-même se trouvait en surnombre.
Un engagement humain et professionnel
Choisir de rejoindre cette cellule a eu un coût personnel : dix mois — « neuf mois », précise-t-il — loin de sa famille et de ses deux jeunes enfants. Sur le plan professionnel, sa mission était nettement définie : travailler sur les éventuels complices de Marc Dutroux et sur les personnes de son entourage. Parmi les noms cités figure notamment Michel Lelièvre et Michaël Diakostavrianos.
« Nous nous sommes retrouvés face à une véritable "chasse aux sorcières" ; tout le monde dénonçait tout le monde… »
Ce climat pesant, fait d'accusations et de dénonciations, a fortement marqué l'enquêteur. Au-delà de la technicité de la mission — auditions, recherches d'éléments matériels, recoupements d'informations —, il faut ajouter la charge émotionnelle qui pesait sur les équipes judiciaires mobilisées.
Le travail concret sur le terrain
Dans ses fonctions, Eric Demarque détaille plusieurs volets de son travail :
- vérifier les déclarations et le rôle exact des personnes identifiées comme proches de Dutroux ;
- se rendre sur le terrain pour collecter des éléments matériels et procéder à des auditions ;
- recouper les informations issues de témoignages, tant sérieux que fantaisistes.
| Aspect | Action menée |
|---|---|
| Enquête sur complices | Auditions, vérifications, recherches matérielles |
| Collecte de témoignages | Examen des appels au numéro vert, tri des informations utiles |
| Effet sur la vie privée | Absence prolongée de la famille (neuf mois) |
Une foule de témoignages, et beaucoup de bruit
La cellule dut faire face à un afflux considérable de témoignages, recueillis notamment via un numéro vert mis à disposition de la population. Certains apports se révélèrent précieux pour l'enquête, mais nombreux furent également les récits invérifiables ou délirants. Ce foisonnement d'informations a rendu la tâche plus lourde et créé un contexte de suspicion généralisée, selon l'ancien enquêteur.
Le poids psychologique d'une affaire nationale
Au-delà des responsabilités opérationnelles, les mots d'Eric Demarque soulignent la dimension humaine de l'enquête : la fatigue, l'isolement familial, la tension suscitée dans les communautés locales. Pour un service comme la BSR de Tournai, mobiliser des enquêteurs pendant plusieurs mois sur un dossier d'une telle ampleur a signifié une pression à la fois institutionnelle et personnelle.
Trente ans après la disparition de Sabine Dardenne, le témoignage de cet ancien membre de la cellule apporte un éclairage sur la contribution locale à une enquête qui a profondément marqué la Belgique et les acteurs judiciaires et policiaires impliqués. Il rappelle aussi que, derrière chaque affaire médiatisée, se trouvent des hommes et des femmes de terrain confrontés à des choix difficiles, à une charge émotionnelle importante et à la nécessité de préserver la rigueur des investigations malgré un contexte social souvent hostile.