La réorganisation des soins psychiques engagée depuis les grandes assises nationales aboutit à une multiplication des interventions de psychologues extérieurs au sein des écoles et établissements. Le mouvement, déployé depuis 2022, s’articule autour de trois axes qui modifient les lignes entre santé et école et suscitent des réserves chez les personnels de l’Éducation nationale.
Une feuille de route déployée en trois axes
Les différentes assises — psychiatrie (2022), pédiatrie (2024) et le comité stratégique pour la santé mentale (juin 2025) — ont donné lieu à une feuille de route visant à « reconfigurer » les dispositifs de prise en charge. Cette stratégie se décline en trois priorités : le repérage précoce, la facilitation de l’accès aux soins et le développement de conventions entre autorités sanitaires et prestataires extérieurs.
| Axe | Objectif |
|---|---|
| Repérage précoce | Doter des personnels repères de « kits de repérage » et développer les compétences psychosociales |
| Facilitation de l’accès | Mobiliser contrats locaux de santé (CLS), conseils locaux de santé mentale (CLSM) et communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) |
| Conventions | Signer des conventions via les ARS pour faire intervenir des psychologues libéraux ou associatifs dans les écoles |
Des acteurs sanitaires aux manettes
La facilitation de l’accès aux soins s’appuie fortement sur des structures dépendant du ministère de la Santé et des agences régionales de santé (ARS). Les dispositifs mobilisés comprennent notamment :
- les contrats locaux de santé (CLS) et les conseils locaux de santé mentale (CLSM), qui intègrent des instances pluripartites permettant la présence de divers acteurs ;
- les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), associations loi 1901 formées par des professionnels libéraux souhaitant conventionner avec l’ARS ;
- la signature de conventions promue par les ARS, souvent à la suite d’appels à manifestation d’intérêt.
Si les CLS et les CLSM offrent des espaces de gouvernance où peuvent siéger plusieurs parties prenantes, les CPTS contractualisent directement avec les chefs d’établissement, sans cadre de gouvernance comparable.
Conventions et interventions externes : quels risques pour les PsyEN ?
Les conventions signées par les ARS proposent fréquemment que des psychologues libéraux, issus d’associations ou exerçant dans des Maisons des Adolescents (MDA) ou des Équipes mobiles de soin (EMS), interviennent dans l’École. Ces interventions prennent la forme d’actions d’écoute et d’accompagnement des élèves. Selon le syndicat, ces missions externes viennent parfois se substituer à des missions statutaires des psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN), plaçant ces derniers « dans de grandes difficultés ».
La création des « PAS », présentés comme des « guichets uniques », accentue cette tendance : ils sont conçus pour définir la nature des difficultés des élèves et mobiliser des acteurs extérieurs qualifiés comme experts. Dans ce contexte, la discrétion du ministère de l’Éducation face aux initiatives conduites par le ministère de la Santé est pointée du doigt.
« Les conventions… mènent au conflit d’intérêt puisque des psychologues libéraux… »
Le syndicat souligne l’absence d’un cadrage national clair encadrant ces conventions. Selon lui, cette situation créerait des conflits d’intérêt potentiels et une dilution des missions des PsyEN au profit d’acteurs extérieurs financés par des dispositifs dépendant du ministère de la Santé.
Conséquences et enjeux pour l’école
La montée en puissance d’intervenants externes dans les établissements interroge plusieurs dimensions : la définition des missions pédagogiques et sanitaires, la coordination entre acteurs, la protection des données et l’indépendance des interventions. À terme, ces évolutions risquent de modifier la place tenue historiquement par les PsyEN au sein de l’école, au moment même où la détection précoce et l’accompagnement psychologique des élèves sont affirmés comme priorités.
Face à ces transformations, le débat porte désormais sur la nécessité d’un cadrage interministeriel plus précis — pour clarifier les compétences, prévenir les conflits d’intérêt et garantir la complémentarité entre les actions scolaires et les prises en charge sanitaires —, ainsi que sur les modalités de concertation entre les ARS, le ministère de la Santé et l’Éducation nationale.
Le dossier mérite un suivi attentif, alors que la santé mentale des enfants et des adolescents reste une priorité reconnue à l’échelle nationale : les modalités concrètes de mise en œuvre détermineront l’équilibre entre interventions externes et missions statutaires des personnels de l’éducation.