La question d’un relèvement de l’âge légal de la pension jusqu’à 70 ans, évoquée publiquement par Vincent Mahieu, directeur du Service fédéral des Pensions, a rouvert un débat sensible en Belgique, où la classe politique s’oppose massivement à une telle mesure. Le sujet, selon ses promoteurs, pourrait toutefois revenir sur la table à long terme, notamment à l’horizon 2060.
Un rejet politique quasi unanime
Les principaux partis – MR, Engagés, PS, Ecolo et PTB – n’en veulent pas. Le MR, qui avait participé au relèvement de l’âge légal à 67 ans (mesure prévue pour s’appliquer à l’horizon 2030), juge inutile une nouvelle hausse. Son président, Georges‑Louis Bouchez, insiste plutôt sur la nécessité de rapprocher l’âge effectif du départ de l’âge légal.
« Ce qu’il faut, c’est rapprocher l’âge de départ effectif à la pension de l’âge légal », plaide son président, Georges‑Louis Bouchez.
Les Engagés partagent cette logique : selon eux, la priorité est d’assurer la viabilité du système en faisant progresser l’âge réel auquel les travailleurs quittent le marché de l’emploi. Ecolo rappelle que l’augmentation de l’âge légal s’est opérée « dans la douleur » et plaide pour des aménagements en fin de carrière. Le PTB juge quant à lui toute nouvelle hausse « impossible » dans la plupart des métiers, soulignant que l’espérance de vie en bonne santé serait, selon eux, inférieure à l’âge légal actuel.
Un écart important entre âge légal et âge réel
Les chiffres cités dans le débat illustrent la problématique : l’âge moyen de départ effectif se situe à 62,1 ans, soit 3,9 ans de moins que l’âge légal. Cet écart place la Belgique en tête des pays européens sur la différence entre âge légal et âge effectif de départ.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Âge moyen de départ effectif | 62,1 ans |
| Écart avec l'âge légal | 3,9 ans |
| Âge légal planifié | 67 ans (horizon 2030) |
| Âge évoqué par le patron du SPF Pensions | 70 ans |
Face à ce constat, les responsables politiques insistent sur des réponses alternatives pour préserver la soutenabilité financière tout en tenant compte de la réalité des métiers :
- rapprocher l’âge effectif de départ de l’âge légal plutôt que relever ce dernier ;
- prévoir des départs anticipés ou des aménagements de fin de carrière pour les professions pénibles ;
- garantir un meilleur équilibre entre durée de carrière, cotisations et niveau des pensions.
Le MR propose notamment de réintroduire, pour les fonctions les plus pénibles, la possibilité d’un départ à 60 ans pour ceux ayant accumulé 42 ans de cotisation. Ecolo, au‑delà de la reconnaissance de la pénibilité, plaide pour des dispositifs permettant aux travailleurs expérimentés de réduire leur charge de travail en fin de carrière.
Un dossier qui revient à l'agenda public
Si l’idée d’un âge légal à 70 ans suscite une forte résistance politique, elle pose des questions structurelles sur la manière de concilier viabilité du système de pensions et réalités du marché du travail. Le débat met en lumière l’urgence de réduire l’écart entre âge légal et âge effectif, tout en adaptant les réponses aux inégalités de conditions de travail et aux métiers pénibles.
À court terme, la perspective d’une hausse à 70 ans semble rejetée par les partis. Reste à voir quelles mesures concrètes seront adoptées pour inciter un départ plus tardif du marché de l’emploi sans pénaliser ceux exerçant des emplois physiquement exigeants.