La 83e édition de la Mostra de Venise s’achève après dix jours de premières mondiales dominés par des films engagés. Sur les 21 œuvres en compétition, plusieurs abordent la guerre, les violences d’État et la résistance, plaçant la manifestation italienne au cœur de débats politiques et mémoriels internationaux.
Un documentaire qui bouscule la compétition
Parmi les œuvres les plus discutées figure NAZA, réalisé par les journalistes d’enquête Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà coauteurs du documentaire oscarisé No Other Land (2024). Basé sur les récits anonymisés de 24 militaires des services secrets, le film affirme dévoiler les « mécanismes de mise à mort » employées par l’armée israélienne pour éliminer des civils dans la bande de Gaza. Accueilli par une ovation de 25 minutes, NAZA est présenté comme un candidat sérieux au Lion d’or.
« mécanismes de mise à mort »
La présence d’un tel film dans la compétition a transformé la Mostra en un espace où cinéma et questionnement sur les responsabilités étatiques se rencontrent, attirant l’attention des milieux politiques et médiatiques internationaux.
Diversité thématique et poids des dictatures
Outre NAZA, plusieurs autres films explorent la répression politique et ses séquelles :
- Wild Horse Nine (Martin McDonagh) : salué par la critique, décrit par son auteur comme son film « sans doute le plus ouvertement politique », il met en scène, entre autres, John Malkovich en agent de la CIA confronté à ses doutes à l’approche du coup d’État qui renversa Salvador Allende en 1973.
- Ritorno a Buenos Aires (Marco Bechis) : une fiction proche d’un récit personnel du réalisateur qui explore la mémoire d’une dictature argentine à travers le témoignage d’un survivant appelé à témoigner dans un procès contre des militaires.
- DAU (Ilya Khrzhanovsky) : vaste projet expérimental revisitant trois décennies de totalitarisme en Union soviétique, présenté comme une fresque monumentale de la société soviétique et l’un des films les plus audacieux et controversés de la sélection.
| Film | Réalisateur | Thème principal |
|---|---|---|
| NAZA | Yuval Abraham & Rachel Szor | Pratiques militaires et violences à Gaza |
| Wild Horse Nine | Martin McDonagh | Politique américaine/Chili 1973 |
| Ritorno a Buenos Aires | Marco Bechis | Mémoire de la dictature argentine |
| DAU | Ilya Khrzhanovsky | Totalitarisme soviétique |
Enjeux au-delà du palmarès
Si le jury attribue des prix qui feront la une, l’intérêt de cette édition tient aussi à la capacité des films présentés à relancer des conversations publiques sur la responsabilité des États, la justice transitionnelle et le rôle du journalisme d’investigation. Le parcours de certains réalisateurs à Venise est également perçu comme un tremplin vers d’autres reconnaissances internationales, notamment la course aux Oscars, comme l’illustre l’accueil réservé à Wild Horse Nine et à ses interprètes.
La Mostra confirme ainsi sa place non seulement comme vitrine cinématographique, mais aussi comme tribune où se nouent mémoire, politique et enjeux contemporains. Le palmarès, attendu samedi, devrait à son tour alimenter les débats sur la manière dont le cinéma traite des violences d’État et de leurs victimes.
Au moment où la sélection met en lumière des récits sensibles et parfois accusateurs, la tension entre démarche artistique, reportage et portée politique restera au cœur des réactions internationales après la fin du festival.