Un phénomène qui revient au premier plan
La découverte récente, à Liège, de deux adolescentes de 17 ans dans un logement loué via une plate-forme de location a remis en lumière une réalité que les associations dénoncent depuis plusieurs mois : l’exploitation sexuelle des mineures. Pour l’ASBL Sürya, spécialisée dans l’accompagnement des victimes de traite des êtres humains, ces situations ne sont pas des cas isolés.
Le directeur du service, qui suit notamment des jeunes en situation de fugue ou d’errance, alerte sur un glissement observé dans l’âge des victimes. « Ce sont des situations qu’on rencontre malheureusement de plus en plus chez nous depuis quelques mois », indique-t-il. Selon Sürya, les jeunes filles concernées peuvent être très jeunes : on est parfois saisi de cas impliquant des adolescentes de 13, 14 ou 15 ans.
Des méthodes qui exploitent la vulnérabilité
Les explications avancées par le directeur de Sürya soulignent que les adolescents en errance constituent des cibles particulièrement vulnérables. Les réseaux sociaux servent fréquemment de vecteur de contact : des individus proposent d’abord un hébergement ou une « opportunité » de gagner de l’argent, puis installent progressivement une relation d’emprise.
« Je n’aime pas ce terme, ce sont des proxénètes, point final. »
Il refuse l’expression « lover boys » pour parler de ces individus et décrit la montée de proxénètes « modernes 2.0 » qui utilisent les outils numériques pour repérer et isoler leurs victimes. Le processus d’emprise est souvent accompagné d’offres d’hébergement, ce qui permet aux auteurs d’exercer un contrôle sur les jeunes.
Des complicités facilitant l’exploitation
Outre les méthodes de recrutement, Sürya pointe aussi le rôle indirect de personnes qui mettent à disposition des logements ou du matériel. Dans le cas liégeois récemment médiatisé, les deux adolescentes avaient été retrouvées dans un appartement loué via une plate-forme grand public. Le constat des associations est clair : lorsqu’une mineure est concernée, il ne s’agit pas de prostitution mais d’exploitation sexuelle.
- Victimes souvent en situation d’errance ou de fugue
- Recrutement via réseaux sociaux et promesses d’hébergement
- Utilisation de plateformes de location pour dissimuler l’exploitation
Le vocabulaire, un enjeu de protection
Le responsable de Sürya insiste sur l’importance des mots employés : « Il n’y a pas de prostitution en dessous de 18 ans. C’est de l’exploitation sexuelle. » Cette précision juridique et morale vise à éviter toute forme de victimisation des jeunes et à orienter correctement les réponses judiciaires et sociales.
| Élément | Observation |
|---|---|
| Âge des victimes cité | 13 à 17 ans (mention de cas récents à 17 ans) |
| Moyens de contact | Réseaux sociaux, promesses d’hébergement |
| Rôle d’instrument | Plate-formes de location, mise à disposition de logements |
Conséquences pour Liège : prévention, protection et poursuites
Sur le terrain liégeois, cette montée du phénomène pose plusieurs défis : renforcer la veille sociale auprès des jeunes en fugue, améliorer la coordination entre associations et services de police, et sensibiliser les gestionnaires de logements et utilisateurs de plates‑formes de location à leur responsabilité. Les acteurs locaux devront aussi veiller à orienter correctement les victimes vers des structures d’accompagnement et à favoriser le dépôt de plaintes, sachant que la peur, l’emprise et la désinformation freinent souvent le signalement.
Si l’affaire locale a relancé l’attention sur cette problématique, les intervenants insistent sur la nécessité d’un travail de fond pour protéger les mineures et identifier les réseaux impliqués. À Liège, associations et autorités devront conjuguer actions de prévention, dispositifs d’accueil d’urgence et réponses judiciaires pour lutter contre ces nouvelles formes d’exploitation.
La vigilance reste de mise, alors que les méthodes d’approche et d’exploitation se digitalisent et se diversifient. Pour les professionnels qui côtoient ces situations, l’enjeu est double : protéger efficacement les victimes mineures et couper les relais logistiques qui permettent à ces réseaux d’agir.