André Grenier, administrateur général de Wallonie‑Bruxelles Enseignement, alerte sur les difficultés scolaires des enfants qui grandissent dans des foyers où le français est peu ou pas pratiqué et demande un renforcement de l’accompagnement en dehors des heures de cours. Dans un entretien accordé au quotidien flamand De Standaard, il place la question linguistique au centre des explications des résultats décevants de l’enseignement francophone.
Des chiffres du réseau qui pèsent
À la tête du plus grand pouvoir organisateur de l’enseignement officiel francophone, qui regroupe environ :
| Établissements | ~500 |
| Élèves | ~200 000 |
| Personnel | ~30 000 |
il estime que l’analyse des performances scolaires doit dépasser le strict cadre de l’école. Pour lui, les enjeux familiaux et socioculturels jouent un rôle déterminant dans les parcours des élèves.
Accompagnement après les cours : développer les écoles de devoirs
Parmi les pistes avancées, l’expansion des écoles de devoirs figure en tête. Ces structures, qui proposent un suivi pédagogique après la classe, permettraient selon lui de pallier l’absence de soutien à la maison pour les enfants dont les parents ne maîtrisent pas le français.
« Ce qui m'inquiète vraiment, ce sont les nombreux enfants qui ne parlent pas français à la maison et dont les parents le maîtrisent à peine. Ces enfants sont livrés à eux‑mêmes. »
Cette observation relance le débat sur la continuité éducative : l’école ne peut pas, à elle seule, compenser toutes les inégalités issues du milieu familial. Renforcer les dispositifs extrascolaires constituerait une réponse pragmatique pour améliorer l’accès aux savoirs et réduire la fracture linguistique.
Facteurs supplémentaires et culture scolaire
Outre la question linguistique, André Grenier pointe d’autres éléments qu’il juge perturbateurs pour l’apprentissage : la place des smartphones et la difficulté croissante à capter l’attention d’élèves toujours plus sollicités. Il suggère par ailleurs un rééquilibrage culturel dans l’enseignement francophone, en visant une plus grande valorisation de l’entrepreneuriat et des mises en situation professionnelle.
Ancien professeur d’économie, il compare la formation pratique offerte aux jeunes en Flandre à celle des communautés francophones, notamment en matière de stages. Selon lui, les élèves flamands bénéficieraient davantage d’expériences professionnelles concrètes, tandis que les jeunes en Wallonie seraient trop souvent cantonnés à une posture d’observateur lors des périodes de stage.
- Renforcement des écoles de devoirs et des structures d’accompagnement après les cours ;
- Prise en compte de la situation linguistique familiale comme facteur clé des résultats scolaires ;
- Promotion d’une culture de l’action et de l’entrepreneuriat dans les parcours éducatifs, avec des stages plus professionnalisants.
Ses propositions soulignent les limites des solutions purement scolaires face à des problèmes ancrés dans le tissu social et familial. Elles posent aussi la question des moyens : étendre les écoles de devoirs et professionnaliser davantage les stages exigera des ressources, une coordination entre acteurs et une gouvernance partagée entre pouvoir organisateur, écoles et autorités régionales.
Dans le débat public sur les résultats PISA et la compétitivité du système éducatif francophone, l’approche proposée par le dirigeant de Wallonie‑Bruxelles Enseignement met l’accent sur une réponse globale, intégrant l’école, la famille et l’économie locale. Reste à savoir si les autorités politiques et les acteurs de terrain accepteront d’engager les moyens nécessaires pour concrétiser ces recommandations.