Trois mois après la reddition des miliciens qualifiés de « Mobondo », le territoire de Popokabaka, dans la province du Kwango (République démocratique du Congo), affiche des traces persistantes de la violence : destruction de biens, expropriations de parcelles, vols de bétail, viols et extorsions sur les axes routiers. L'économie des ménages, déjà fragile, est « à terre », selon le Cadre de concertation de la société civile locale.
Des pertes matérielles et humaines qui plombent le redressement
Selon le président du Cadre de concertation de la société civile de Popokabaka, Didier Mababeni, ces violences ont touché plusieurs secteurs du territoire, dont celui de Lufuna. Les miliciens avaient vandalisé des gros et petits bétails, saccagé des champs et procédé à des expropriations de parcelles. Les affrontements avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont, eux aussi, entraîné des dégâts collatéraux supplémentaires pour la population civile.
Parmi les atteintes signalées figurent également des cas de violences sexuelles. Les familles victimes, qui ont subi pertes matérielles et traumatismes, peinent aujourd’hui à retrouver un niveau de vie minimum et réclament un accompagnement adapté pour se reconstruire.
Des entraves aux activités économiques locales
Les perturbations ont été multiples : barrières illégales érigées par les miliciens, redevances imposées aux usagers et extorsions sur les routes, ce qui a limité la circulation des personnes et des marchandises et freiné les activités champêtres. À la mission catholique d’Ipongi, des barrières avaient été mises en place dès février 2024, et les mouvements des paysans avaient été entravés.
« Le phénomène Mobondo a agenouillé la population du territoire de Popokabaka. On a eu des cas de viol, de vol, de destruction des biens, d’expropriation des terres et de bétails… Ça demande un véritable accompagnement, même sur le plan financier ou psychologique », a déclaré Didier Mababeni.
Les conséquences économiques sont directes : sans bétail ni terres exploitables, nombre de ménages perdent leurs principales sources de revenu et d’autosubsistance. Le retour à une activité agricole normale est rendu difficile par la perte d’outils, la dégradation des parcelles et le traumatisme des exploitants.
- Violences sexuelles et atteintes aux personnes enregistrées dans plusieurs secteurs.
- Destruction et vol de bétail, entravant la capacité productive des ménages.
- Expropriations de parcelles ayant réduit l’accès à la terre cultivable.
- Extorsions et barrières sur les routes, perturbant les échanges et les marchés locaux.
Appel à l’indemnisation et à un accompagnement global
Face à cette situation, le Cadre de concertation de la société civile plaide pour l’accélération du processus d’indemnisation des victimes afin de permettre le relèvement économique du territoire. Le volet financier est jugé indispensable, mais pas suffisant : les besoins incluent aussi un soutien psychologique et des mesures de protection pour éviter de nouvelles spoliations.
| Lieu | Faits rapportés |
|---|---|
| Popokabaka (territoire) | Vandalisme des champs, vol/destruction de bétail, expropriations, viols, extorsions |
| Lufuna (secteur) | Cas recensés de violences et de pillages |
| Ipongi (mission catholique) | Barrières érigées par les miliciens, activités champêtres perturbées (février 2024) |
Les témoignages recueillis soulignent le caractère multidimensionnel de la crise : perte de capital productif, insécurité persistante et séquelles psychologiques. Sans dispositifs d’appui ciblés, la fragilisation des ménages pourrait se traduire par une paupérisation durable du territoire.
La demande d’indemnisation formulée par la société civile met en lumière l’enjeu de la coordination entre autorités locales, services de l’État et acteurs humanitaires pour chiffrer les dommages, identifier les bénéficiaires et assurer une réparation juste et efficace. À ce stade, les familles attendent des mesures concrètes pour se relever économiquement et retrouver un accès sécurisé à leurs terres et à leurs moyens de subsistance.