L’Insee prévoit désormais une croissance de 0,4% en France pour 2026, une révision notable à la baisse par rapport aux anticipations antérieures et au scénario retenu jusqu’ici par le gouvernement. Dans sa note de conjoncture publiée le 10 septembre, l’institut met en évidence un « décrochage » de l’activité française vis‑à‑vis de ses principaux voisins européens, attribuable à une demande intérieure déprimée, aux effets des vagues de chaleur et au recul des investissements publics dans certains secteurs.
Des trimestres décevants et une révision sensible
L’Insee rappelle que l’année a commencé mal : –0,2% du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre, suivi d’une stabilité au deuxième trimestre. Ces résultats contrastent fortement avec la dynamique observée ailleurs en Europe et expliquent la révision de la prévision annuelle, qui s’établit maintenant à 0,4% au lieu de 0,7% anticipé précédemment.
« À rebours de ses voisins, l'économie française a décroché. Contrairement au reste de l'Europe, l'activité a fléchi cet hiver et est restée étale au printemps. C'est une surprise que nous n'avions pas anticipée »,
a déclaré Dorian Roucher, responsable du département de la conjoncture à l’Insee, lors de la présentation des chiffres.
Un décrochage par rapport aux voisins européens
Pour illustrer ce différentiel, l’Insee mentionne la progression de l’activité au premier et au deuxième trimestre dans plusieurs pays :
- Allemagne : +0,4% puis +0,3%
- Italie : +0,3% puis +0,2%
- Espagne : +0,6% puis +0,7%
- Royaume‑Uni : +0,6% puis +0,4%
| Pays | T1 | T2 |
|---|---|---|
| France | –0,2% | Stabilité |
| Allemagne | +0,4% | +0,3% |
| Espagne | +0,6% | +0,7% |
Les moteurs de la demande intérieure grippés
L’Insee identifie plusieurs facteurs expliquant ce ralentissement : une consommation privée atone, une consommation publique qui progresse moins vite qu’en Allemagne ou en Espagne, et un investissement freiné, en particulier en raison du recul de l’investissement public lié au cycle électoral municipal. L’institut souligne également un « retournement violent » de l’activité dans les travaux publics.
Par ailleurs, les épisodes de fortes chaleurs ont pesé sur l’activité, et l’impact sur l’agriculture est jugé plus marqué qu’ailleurs en Europe. Ces éléments combinés ont réduit la dynamique globale de la demande intérieure, élément central de la révision de la trajectoire de croissance.
Conséquences pour les ménages et les entreprises
Si l’Insee n’avance pas de prévision sur l’emploi dans cette note, une croissance plus faible que prévu pèse généralement sur le pouvoir d’achat réel des ménages et sur les perspectives des indépendants et des entreprises :
- une demande privée molle signifie souvent une moindre croissance du chiffre d’affaires pour les commerces et les services;
- le recul de l’investissement public peut réduire les commandes pour les secteurs du BTP et des fournitures ;
- les épisodes climatiques qui affectent l’agriculture entraînent des pertes de production et peuvent amplifier la volatilité des prix alimentaires.
Pour les pouvoirs publics, la trajectoire révisée pose la question du calibrage des politiques de soutien et d’investissement : maintenir la soutenabilité des finances publiques tout en relançant l’activité nécessite des arbitrages précis.
Dans ce contexte, les prochains trimestres et les données d’inflation et d’emploi seront scrutés de près par les économistes et les décideurs. L’Insee met en garde : la faiblesse de la demande intérieure et la sensibilité accrue aux chocs climatiques rendent la trajectoire économique française plus incertaine que prévu.
Rester vigilant sur l’évolution de la consommation, des investissements et des conditions climatiques sera clé pour apprécier si la croissance pourra se redresser ou si le décrochage observé se prolongera.