Plus de 80 % de la population est, selon l’auteur de la tribune, paysanne et rurale. Partant de ce constat, l’écrit plaide pour que l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) soient explicitement mis au service de cette majorité, en les dotant des savoir-faire et des outils qui répondent aux besoins concrets des champs et des exploitations familiales.
Relier l’école au monde agricole
La tribune, publiée dans Le Sahel, rappelle que nombre d’élèves et d’intellectuels sont issus d’un milieu paysan et qu’ils doivent à la production rurale une part essentielle de leur alimentation et de leur formation. Elle invite donc à dépasser une forme de reconnaissance symbolique pour renouveler les pratiques pédagogiques : « il faut passer par l’école pour témoigner de notre reconnaissance au monde qui nous a nourris, par des actions concrètes », écrit l’auteur.
Dans cette perspective, l’EFTP doit cesser de produire des objets peu utiles pour la vie quotidienne des ruraux — tabourets inesthétiques, chaises bancales, utilisation inefficace de la matière première — et concentrer ses efforts sur la fabrication et l’amélioration d’outils agricoles. Les instruments cités comme prioritaires sont notamment : houes, dabas, hilaires, charrues et charrettes. L’objectif est d’équiper la paysannerie locale avec des dispositifs adaptés, robustes et techniquement optimisés.
« Comment mettre l’école au service de la paysannerie nigérienne ? Telle est la question dont l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels détiennent un pan de réponse. »
Conséquences pédagogiques et économiques
La proposition soulève plusieurs implications pour les centres de formation et les curricula :
- adapter les programmes aux besoins locaux en matière d’outillage et de techniques agricoles ;
- former des artisans capables de concevoir, réparer et adapter des instruments aratoires ;
- optimiser l’usage des matières premières pour éviter le gaspillage et améliorer la durabilité des produits.
Sur le plan économique, la tribune suggère qu’une meilleure adéquation entre formation et besoins ruraux contribuerait à renforcer la productivité agricole, la sécurité alimentaire et l’autonomie des ménages. Elle souligne aussi un enjeu de dignité : il ne s’agit pas seulement de reconnaissance, mais de donner à l’école un rôle concret dans la valorisation des savoirs et des pratiques paysannes.
Un débat plus large sur les finalités de l’EFTP
Le texte invite à réinterroger les finalités mêmes de l’EFTP : doit-elle prioritairement préparer à l’emploi urbain et industriel, ou bien se penser aussi comme un levier de développement rural et d’appui aux économies familiales ? La réponse proposée est partagée : l’EFTP détient des solutions, à condition qu’elle oriente ses moyens et ses contenus vers des productions réellement utiles aux communautés rurales.
Sans reprendre de chiffres additionnels ni proposer de plan détaillé, la tribune pose cependant des jalons clairs pour une transformation des pratiques éducatives : aligner formation et outils sur les besoins des exploitations, valoriser la transmission intergénérationnelle des savoir-faire agricoles, et concevoir des ateliers et projets concrets en partenariat avec les producteurs locaux.
Pour les responsables de l’enseignement technique et les autorités en charge de la formation professionnelle, la réflexion mérite d’être intégrée aux politiques publiques : dispositifs de financement, partenariats avec les acteurs agricoles, révisions curriculaires et formation des formateurs sont autant de leviers à mobiliser. De son côté, la société civile et les organisations paysannes pourraient jouer un rôle-clé dans la définition des priorités locales et dans l’évaluation des résultats.
Au-delà du cas présenté, la tribune pose une question universelle pour les systèmes éducatifs : comment faire de la formation professionnelle un outil d’inclusion et de développement adapté aux réalités territoriales, au lieu d’une simple reproduction de modèles urbains ?