En Afghanistan, l’interdiction de l’enseignement secondaire pour les filles pèse lourdement sur les familles. Cinq pères ont accepté de témoigner anonymement auprès de l’AFP pour décrire leur impuissance, le désespoir de leurs filles adolescentes et les stratégies de survie — allant des écoles clandestines aux projets d’exil — que ces familles tentent de mettre en place.
Une mesure qui frappe l’avenir des filles
Depuis la reprise du pouvoir par les talibans, les autorités afghanes ont exclu les filles des établissements d’enseignement secondaire et des universités en 2022. L’interdiction, officiellement présentée comme "temporaire" par les responsables, se prolonge et a déjà des conséquences majeures : selon l’ONU, « au moins un million de filles » ont été directement affectées par les restrictions sur l’enseignement secondaire.
Les pères interrogés affirment ne pas se reconnaître dans l’argument religieux avancé par les autorités. Comme le dit l’un d’eux, Nassir :
« En tant qu’Afghan, homme et père, je veux dire que nos filles devraient pouvoir poursuivre leur éducation et surtout choisir ce qu’elles veulent devenir dans le futur. C’est leur droit. »
Un autre témoin, Mohammad, se dit très pieux et rappelle : « Vous ne trouverez jamais dans le Coran que l’éducation est réservée aux hommes », une affirmation qui soulève la contradiction entre l’argument religieux officiel et la perception de nombreux citoyens.
Des pères face à des choix impossibles
Parmi les récits recueillis, celui d’Ahmad illustre les bouleversements personnels et professionnels engendrés par l’interdiction. Cet ingénieur, père de quatre filles (12, 10, 8 et 2 ans) et d’un garçon, vit la situation comme une injustice profonde : sa femme, professeure de mathématiques, a perdu son emploi au secondaire. Avec son épouse, il envisage l’exil pour permettre à leurs filles de poursuivre leurs études. Il a déposé des demandes de visa en Suède et au Danemark.
Les témoignages font également état d’une peur concrète : en Afghanistan, des hommes s’exposent à la détention s’ils militent pour l’éducation des filles. Les pères évoquent des nuits sans sommeil, des larmes en secret et la recherche de solutions — parfois clandestines — pour maintenir un accès à l’apprentissage.
- Interdiction : filles exclues du secondaire et des universités depuis 2022.
- Impact : « au moins un million » de filles touchées, selon l’ONU.
- Opinion publique : enquête 2025 d’ONU Femmes indiquant que la grande majorité des hommes en Afghanistan soutient l’éducation des filles (95 % en milieu urbain, 87 % en zone rurale).
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Année de la nouvelle interdiction | 2022 |
| Nombre d’élèves affectées (ONU) | Au moins 1 million |
| Appui à l’éducation des filles (ONU Femmes, 2025) | 95 % en milieu urbain / 87 % en zone rurale (hommes) |
Conséquences sociales et éducatives
Les témoignages soulignent l’ampleur des conséquences : perte d’emploi pour des enseignantes, recours à l’exil ou aux écoles clandestines, et une interrogation fondamentale sur l’avenir professionnel et personnel des jeunes filles privées d’éducation secondaire. Les pères décrivent l’état psychologique de leurs enfants — désespoir, renoncement, effondrement des perspectives — qui alerte sur une génération dont les possibilités seront durablement réduites.
Sur le plan international, ces récits renforcent l’alerte lancée par des organisations humanitaires et les agences de l’ONU : priver des dizaines, puis des centaines de milliers d’adolescentes d’accès à l’enseignement secondaire n’est pas seulement une atteinte aux droits fondamentaux, c’est aussi un frein puissant au développement social et économique du pays.
Les pères interrogés demandent, à leur échelle, des solutions concrètes — réouverture des établissements, protection des milieux éducatifs, facilitation de l’accès à des voies d’émigration quand l’espoir local s’éteint — et attirent l’attention sur le coût humain d’une politique qui touche demain les citoyens, les professions enseignantes et la société tout entière.
Ces témoignages anonymes brossent le portrait d’un pays où l’accès à l’éducation reste un combat quotidien pour des familles qui refusent la fatalité et cherchent des issues, parfois dangereuses, pour assurer un avenir à leurs filles.