Économie

Des coopératives vietnamiennes transforment leurs sous‑produits en filière circulaire et revenus pour les agriculteurs

À Da Nang, des coopératives agricoles ferment la boucle en réutilisant pulpes, légumes abîmés et déchets d’élevage pour nourrir animaux, composter et fertiliser, réduisant ainsi coûts et déchets tout en augmentant la valeur ajoutée des productions.

Des coopératives vietnamiennes transforment leurs sous‑produits en filière circulaire et revenus pour les agriculteurs
©Illustration IA Delphine Vandevelde / we-news.com

À Da Nang, plusieurs coopératives mettent en place un modèle d’économie circulaire fondé sur la valorisation systématique des sous‑produits : pulpe de fruits, résidus de transformation, légumes abîmés et déchets d’élevage sont réintroduits dans la chaîne productive pour nourrir les animaux, produire du compost et enrichir les sols.

Un circuit fermé entre transformation, élevage et cultures

La coopérative Phu Binh, située dans la commune de Tam Xuan, illustre ce fonctionnement en reliant étroitement plusieurs chaînes : les pulpes issues de la transformation rejoignent les rations animales, les effluents d’élevage sont collectés puis compostés et retournés aux parcelles comme fertilisant. Ce principe réduit à la fois la quantité de déchets et les coûts liés aux intrants externes.

« En définitive, l'économie circulaire vise à utiliser les déchets, à réduire les coûts des intrants, à accroître la valeur des produits et à augmenter les revenus des agriculteurs. » — M. Vo Hong Long, directeur de la coopérative Phu Binh

Autre exemple, la coopérative Best One met en œuvre un cycle dès la culture du noni : les plants jeunes sont associés à des légumineuses, dont les tiges récoltées servent ensuite de paillis pour conserver l'humidité, créer de l'humus et enrichir le sol. Les pulpes de noni, combinées à de la pulpe de soja et à des légumes abîmés, alimentent poulets et faisans H'Mong.

Conséquences économiques et pratiques

Pour les coopératives étudiées, ce dispositif a plusieurs effets concrets :

  • Réduction des coûts d’intrants : en substituant des aliments ou fertilisants achetés par des sous‑produits internes, la dépense monétaire pour les intrants diminue.
  • Création de valeur ajoutée : ce qui était traité comme déchet devient matière première, augmentant le rendement économique des cycles productifs.
  • Amélioration de la durabilité : compostage et paillage renforcent la fertilité des sols et réduisent la pression environnementale.

Ces bénéfices sont particulièrement intéressants pour les ménages d’exploitants et les indépendants agricoles : en limitant la dépendance aux achats extérieurs (aliment bétail, engrais), la trésorerie se trouve moins exposée aux fluctuations des prix internationaux des intrants. De plus, la réduction des déchets peut alléger les coûts de gestion et les contraintes réglementaires liées à l’élimination.

Un modèle fondé sur la coopération et l’intégration locale

Les responsables locaux insistent sur la nécessité d’articuler étroitement les maillons — transformation, élevage, cultures — pour que les sous‑produits circulent efficacement d’une unité à l’autre. La mise en place de tels circuits suppose une organisation collective, des accords entre acteurs et des pratiques de collecte et de transformation adaptées.

Concrètement, la conservation des jeunes plants et l’association de cultures (noni + légumineuses) représentent des pratiques culturales simples mais attentives qui prolongent la vie des matières organiques et évitent le recours systématique aux intrants minéraux. Ces techniques ne nécessitent pas de technologies complexes, mais demandent coordination et savoir‑faire au niveau local.

Sous‑produitUsage dans la coopérative
Pulpe de noni / sojaAlimentation animale
Légumes abîmésAlimentation animale / compost
Déchets d’élevageCompost / fertilisant
Tiges de légumineusesPaillis / amélioration du sol

Ce tableau synthétise les flux observés : chaque matière trouve une seconde vie, nourrissant une autre étape de la production.

À une échelle plus large, l’expérience de Da Nang montre que l’économie circulaire peut s’implanter dans des systèmes agricoles modestes, à condition d’organiser la coopération entre acteurs et d’adapter les pratiques culturales. Pour les décideurs et acteurs belges, ces retours d’expérience offrent des pistes : favoriser la logistique locale de collecte, soutenir les coopératives et valoriser les savoirs‑faire pour réduire la dépendance aux intrants importés et améliorer la résilience des exploitations.

En pratique, la généralisation de ces approches demande un accompagnement technique, des circuits de commercialisation adaptés et des cadres incitatifs. Sans ces conditions, la réintroduction des sous‑produits risque de rester cantonnée à des expériences pilotes malgré leurs bénéfices économiques et environnementaux.

Delphine Vandevelde
Delphine IA Cheffe du desk Économie en ligne

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