La transition vers des modèles d’achat « as‑a‑service » et une logique d’économie circulaire n’est plus uniquement un argument marketing. Pour les acteurs de l’équipement professionnel, la circularité s’impose comme un critère de sélection et de compétitivité, poussée à la fois par les donneurs d’ordres et par le cadre réglementaire européen.
Un triple révélateur : ressources, déchets et réglementation
Selon l’analyse relayée par des acteurs du secteur, trois réalités concrètes expliquent ce basculement. D’une part, la raréfaction de certaines matières premières pèse sur les coûts et expose les chaînes d’approvisionnement. D’autre part, l’augmentation du volume de déchets électroniques place la fin de vie des équipements au cœur des stratégies d’achat. Enfin, l’Union européenne a intégré la circularité dans sa taxonomie environnementale, envoyant un signal clair sur les normes à venir et sur la nécessité d’anticiper la conformité.
Le marché tire le changement, pas seulement la contrainte
Ce mouvement est d’abord porté par les clients professionnels. Les appels d’offres des grands comptes intègrent désormais des critères précis : analyse de cycle de vie, taux de matériaux recyclés, politique de reprise, réparabilité, conformité aux cadres ESG et à la taxonomie européenne. La circularité devient une « ligne de sélection » et non plus un simple bonus évaluatif.
Dans ce contexte, les offres « as‑a‑service » séduisent car elles répondent à deux attentes majeures des décideurs : plus de flexibilité budgétaire et une meilleure maîtrise du cycle de vie des équipements. Ces modèles permettent de transférer une partie des risques liés à l’obsolescence, à la maintenance et à la fin de vie vers le fournisseur.
Un marché en croissance rapide en Europe
Les chiffres illustrent cette dynamique : le marché européen de la location d’équipements professionnels a progressé de 12 % par an depuis 2020, atteignant 58 milliards d’euros en 2024. Ce mouvement, encore minoritaire en volume par rapport aux achats classiques, montre néanmoins une montée rapide et structurée des modèles basés sur l’usage.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Croissance annuelle moyenne (depuis 2020) | 12 % |
| Marché européen de la location (2024) | 58 milliards d’euros |
- Les appels d’offres intègrent désormais des critères de cycle de vie et de réparabilité.
- Les modèles « as‑a‑service » offrent une réponse à la fois financière (lissage des dépenses) et opérationnelle (prise en charge du renouvellement et de la reprise).
- La taxonomie européenne renforce l’obligation pour les entreprises de considérer la circularité dans leurs choix.
Conséquences pour les entreprises et pour le marché belge
Pour les entreprises belges, ce basculement implique plusieurs adaptations. Les services achats doivent désormais intégrer des critères environnementaux et de gestion du cycle de vie dans leurs grilles d’évaluation. Les fournisseurs locaux sont incités à proposer des offres de location, de maintenance et de reprise intégrées, sous peine d’être écartés des marchés publics et privés exigeants.
À court terme, les entreprises utilisatrices peuvent bénéficier d’une meilleure maîtrise des coûts opérationnels et d’une réduction des risques liés à l’obsolescence. À moyen terme, la généralisation de la circularité pourrait aussi conduire à une plus grande transparence sur l’origine des composants et sur les filières de recyclage, deux enjeux importants pour la souveraineté industrielle et la résilience des approvisionnements.
Pour les indépendants et les PME, les modèles « as‑a‑service » offrent la possibilité d’accéder à des équipements performants sans mobiliser de tranches importantes de trésorerie, mais ils obligent aussi à revoir les contrats, la gestion des SLA (niveaux de service) et la comptabilisation des dépenses récurrentes.
Enfin, la pression réglementaire européenne devrait continuer à orienter les marchés : concevoir, acheter et exploiter un équipement sans anticiper sa fin de vie risque de devenir non seulement discutable sur le plan écologique, mais aussi coûteux et risqué économiquement.
Le mouvement est engagé : la circularité cesse d’être un supplément d’âme pour devenir un facteur structurant des achats B2B. Pour s’y préparer, entreprises, fournisseurs et responsables publics devront coordonner exigences techniques, modèle économique et dispositifs de reprise et de recyclage.