Dans un ouvrage paru le 23 août 2026, l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire détaille un projet ambitieux : la création d’une fédération économique réunissant six États membres de l’Union européenne — la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et les Pays‑Bas. L’objectif affiché est de mutualiser des compétences jugées stratégiques afin de permettre à ce « noyau dur » européen d’agir « avec force et rapidité » face aux défis internationaux.
Un projet de concentration des politiques sur des secteurs clés
Bruno Le Maire propose que ces six pays partagent une constitution et une capitale communes pour les domaines visés, sans remettre en cause la souveraineté nationale au sens strict. Le champ d’intervention serait cependant centralisé pour certaines matières considérées comme déterminantes pour la compétitivité et la sécurité économique :
- semi‑conducteurs ;
- intelligence artificielle ;
- reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires ;
- marchés financiers ;
- politiques économiques ;
- contrôle des frontières.
Selon l’auteur du manifeste, ces domaines centralisés permettraient à ce groupe d’États de « mettre leurs ressources en commun pour fonctionner comme un seul État » sur le plan économique, et ainsi d’imposer « ses vues » aux autres membres de l’Union.
« La situation commande de basculer de la dépendance à l'indépendance, dans tous les domaines, par tous les moyens, au plus vite. »
Le projet trouve son origine, selon l’ancien ministre, dans deux constats. Primo, l’Union à 27 États serait devenue trop hétérogène pour assurer une action rapide et coordonnée. Il qualifie d’ailleurs l’Europe actuelle de « monstre technocratique ». Secundo, la recomposition du rapport de forces international — entre un partenaire américain moins fiable, une Russie jugée menaçante et une Chine plus offensive — exigerait selon lui une réponse européenne plus concentrée et autonome.
Quelles conséquences pour les autres États et pour la Belgique ?
Si l’idée vise à accélérer la capacité d’action d’un groupe de grandes économies européennes, elle pose immédiatement des questions politiques et économiques pour les États non inclus. Un tel « noyau dur » pourrait :
- accélérer des décisions dans les secteurs industriels et technologiques prioritaires,
- créer des standards différenciés en matière réglementaire et financière,
- renforcer le poids géopolitique collectif des participants face aux concurrents internationaux.
Pour des pays comme la Belgique, intégrés à l’économie européenne mais non mentionnés dans la liste des six, l’enjeu serait d’adapter leurs relations commerciales, réglementaires et diplomatiques à l’émergence possible d’un bloc plus intégré. Les entreprises et les filières industrielles pourraient se retrouver soumises à de nouvelles normes ou à des mécanismes de soutien distincts, selon qu’elles s’alignent ou non sur les choix de la fédération.
Un projet de portée politique majeure mais non immédiate
Le manifeste de quelque soixante pages intervient à huit mois d’une échéance présidentielle en France, mais Bruno Le Maire a déclaré ne pas être candidat. Le texte relance le débat sur l’avenir institutionnel et stratégique de l’Union européenne : faut‑il approfondir l’intégration entre certains États pour gagner en efficacité, ou préserver l’unité à 27 face au risque de fractures et d’exclusions ?
Sur le plan pratique, la concrétisation d’une telle fédération suppose des négociations longues et complexes entre États, ainsi que des adaptations juridiques majeures. Aucune calendrier ni élément opérationnel précis n’est fourni dans le texte pour le moment ; la proposition vise d’abord à poser une vision stratégique et à alimenter le débat public sur la souveraineté économique européenne.