Une voix afghane en exil tire la sonnette d’alarme
Installée à Londres, la journaliste afghane Zahra Joya dénonce l’abandon international des femmes d’Afghanistan, « seules » face à la politique des autorités talibanes qui restreint massivement leurs droits et libertés. Son témoignage, recueilli par l’AFP, revient sur la rupture subie lors de la prise de Kaboul le 15 août 2021 et sur la poursuite, depuis l’étranger, d’un journalisme de résistance.
Privation des libertés et travail clandestin
Pour cette femme de 34 ans, le 15 août reste « un jour très douloureux », jour où elle dit avoir «tout perdu» dans son pays. Elle raconte le «choc», la «peur» et le «chaos» qui ont accompagné la prise de la capitale par les talibans, un basculement qui l’a contrainte à quitter l’Afghanistan peu après. Dans son récit, elle décrit très concrètement la mise à l’écart des femmes : exclusion de nombreux secteurs d’activité, interdiction de l’éducation secondaire et universitaire, et une interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique par le gouvernement au pouvoir.
«Aux yeux des talibans, tout ce qui me définissait était mauvais. (...) Le fait même d'être une femme, mon métier de journaliste, mais aussi mon origine ethnique en tant que femme hazara»
Depuis le Royaume‑Uni, Zahra Joya poursuit son travail engagé : en 2020, elle avait fondé Rukhshana Media afin de porter la parole des femmes afghanes. Aujourd’hui, elle collabore avec des journalistes restées sur place qui exercent «dans le plus grand secret» en raison des risques auxquels elles s’exposent. Elle qualifie ces correspondantes de «les journalistes les plus courageuses qui soient».
Un quotidien confiné, sans soutien extérieur
Les témoignages recueillis par Rukhshana Media traduisent un quotidien de confinement et d’isolement : de nombreuses Afghanes «restent enfermées entre quatre murs», résume la journaliste. Elle décrit une lutte menée «à main nue», sans moyens institutionnels ou internationaux significatifs pour soutenir ces femmes.
- Interdiction de l’éducation : l’Afghanistan est décrit comme le seul pays où l’enseignement des filles est interdit au‑delà du primaire.
- Mesures discriminatoires : sortie de nombreux secteurs publics et privés pour les femmes, restrictions des libertés individuelles.
- Journalisme clandestin : maintien d’une information indépendante menée par des équipes locales exposées à de lourds risques.
Ces éléments posent des questions cruciales pour la communauté internationale, notamment sur la capacité des ONG, des États et des organismes multilatéraux à exercer une pression efficace ou à fournir un appui sécurisé aux femmes et aux journalistes restés en Afghanistan.
Conséquences humaines et symboliques
Au‑delà des chiffres et des interdictions, le témoignage de Zahra Joya met en lumière la dimension humaine de cette régression des droits : perte de liberté, traumatisme du déracinement, et sentiment d’abandon. Pour les Afghanes, l’interdiction de poursuivre des études supérieures et l’exclusion des espaces de travail portent atteinte à des perspectives d’émancipation et à la capacité du pays à se doter d’une société civile pluraliste.
| Événement | Date |
|---|---|
| Prise de Kaboul par les talibans | 15 août 2021 |
| Fondation de Rukhshana Media | 2020 |
Le récit de Zahra Joya, relayé par l’AFP, revient à l’occasion de l’anniversaire de la chute de Kaboul et rappelle l’importance du suivi international des atteintes aux droits humains en Afghanistan. Il souligne aussi la nécessité de canaux sécurisés pour soutenir les journalistes locaux et protéger les femmes qui subissent des discriminations structurelles.
Alors que les appels à la solidarité se multiplient, ce témoignage interroge la capacité réelle de la communauté internationale à ne pas laisser seules «les femmes afghanes» face à des restrictions qui remettent en cause des décennies de progrès éducatifs et civiques.