Creativo El Matador, entreprise nigériane spécialisée dans la transformation de matières premières agricoles, a annoncé l'ouverture d'un bureau à Paris dans le cadre d'une stratégie visant à rapprocher la transformation des produits africains du marché européen. L'objectif affiché est de mettre fin aux longs circuits actuels où des matières premières partent d'Afrique, sont transformées en Asie, puis reviennent sur le marché européen.
Raccourcir les chaînes et maximiser la valeur
Selon son directeur général, Adebowale Adeyeye, la société veut « créer de la valeur à la fois localement et en France » en traitant sur place des matières premières telles que le cacao, la noix de cajou, la gomme arabique et le gingembre. La relocalisation de certaines étapes de transformation doit permettre de réduire les délais de transport et de transit, d'augmenter la qualité des produits livrés aux consommateurs européens et, selon l'entreprise, d'améliorer le rapport qualité‑prix.
« Il est nécessaire de renforcer notre relation directe avec la France, de rompre avec ce commerce triangulaire et de réfléchir à la manière dont nous pouvons créer de la valeur à la fois localement et en France. »
La France a été choisie pour sa place historique et Institutionnelle dans les relations avec le continent africain, notamment en raison des liens linguistiques et des politiques d'investissement et de développement, explique encore le dirigeant.
Implantation concrète près de Marseille et création d'emplois
Pour matérialiser ce plan, Creativo El Matador prévoit d'implanter d'abord un entrepôt, puis une usine à proximité de Marseille. Le bureau français a pour ambition de soutenir la commercialisation sur le marché européen et d'organiser la logistique nécessaire à la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement raccourcie.
L'entreprise annonce la création de 24 emplois en trois ans pour son bureau français. Le projet bénéficie de l'accompagnement de Business France, qui suit l'implantation et apporte un soutien aux investissements internationaux. Nicole Blazik, directrice des projets d'investissements internationaux de l'agence basée à Johannesburg, figure parmi les interlocutrices citées dans le dossier d'accompagnement.
- Produits ciblés : cacao, noix de cajou, gomme arabique, gingembre.
- Phases d'implantation : bureau à Paris, entrepôt, puis usine près de Marseille.
- Effet attendu : réduction des délais, augmentation de la valeur ajoutée, accès à des produits de meilleure qualité pour le consommateur.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Siège français | Paris (bureau commercial) |
| Infrastructures prévues | Entrepôt puis usine près de Marseille |
| Emplois annoncés | 24 en trois ans |
| Produits | Cacao, noix de cajou, gomme arabique, gingembre |
Conséquences et questions
Ce projet illustre une tendance croissante : des acteurs africains cherchent désormais à capter eux‑mêmes une part plus importante de la valeur ajoutée en rapprochant les étapes de transformation de leurs marchés d'exportation. Pour la France, l'intérêt réside à la fois dans l'accueil d'activités industrielles et logistiques et dans la diversification des approvisionnements.
Plusieurs questions pratiques restent cependant à préciser : calendrier détaillé des investissements, nature exacte des emplois (qualifications requises), montants financiers engagés et modalités d'accompagnement local pour l'implantation de l'usine. Les effets sur les filières locales de transformation et sur la concurrence avec les transformateurs déjà installés en Europe demanderont également un suivi.
Pour l'instant, les éléments rendus publics par Creativo El Matador et Business France permettent toutefois d'esquisser un double enjeu : économique, par la création d'emplois et la relocalisation d'activités de transformation ; et stratégique, par la remise en cause du modèle du commerce triangulaire et la volonté d'une relation commerciale plus directe entre producteurs africains et consommateurs européens.
Ce dossier sera à suivre, notamment pour mesurer l'impact réel de l'installation près de Marseille sur l'emploi local et sur l'organisation des flux commerciaux entre l'Afrique de l'Ouest et l'Europe.