Un transfert de compétences sous le microscope
La perspective d’un recours à un décret pour la deuxième phase de la réforme des provinces relance le débat sur l’avenir de l’enseignement provincial. Le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes (Les Engagés), a indiqué à La Libre vouloir « retirer une couche de lasagne institutionnelle » et prépare un texte spécifique portant sur le deuxième et le troisième niveau de la réforme. Parmi les compétences susceptibles d’être reprises figure, de manière particulièrement délicate, l’enseignement.
Des élus provinciaux montent au créneau
La simple annonce a suffi à provoquer une vive réaction chez des responsables provinciaux. Le député provincial montois Pascal Lafosse exprime son inquiétude quant au transfert possible de l’enseignement provincial vers Wallonie‑Bruxelles Enseignement (WBE). Pour lui, il ne s’agit pas d’une mesure administrative anodine mais d’un choix qui pourrait fragiliser « nos écoles, nos élèves, nos enseignants, nos équipes éducatives et tout un modèle de proximité ».
« Le transfert de notre enseignement vers WBE n'est pas une simple étape technique de la réforme : c'est un choix que je considère comme profondément dangereux. »
Le député socialiste met en avant plusieurs enjeux concrets : la pérennité des formations professionnelles spécifiques à l’enseignement provincial, l’entretien et l’exploitation des bâtiments scolaires, les équipements techniques liés à certaines filières, ainsi que le maintien de personnels actuellement financés directement par la Province.
Un point sensible : les moyens humains
Sur ce dernier point, Pascal Lafosse alerte sur la situation en Hainaut : près de 900 agents qui ne sont pas subsidiés mais rémunérés par la Province assurent des missions jugées indispensables au fonctionnement des établissements et à l’encadrement des élèves. Que deviendront ces emplois si les compétences passent à la Fédération ? Qui prendra en charge le financement de ces moyens humains supplémentaires ?
- Enjeux financiers : financement direct de personnels par la Province actuellement.
- Enjeux structurels : questions sur la gestion des bâtiments et des investissements techniques.
- Enjeux pédagogiques : certaines formations professionnelles très spécifiques relèvent de l’expertise provinciale.
Des interrogations sans réponses complètes
Le ministre estime que l’enseignement est « particulièrement complexe » et annonce des discussions avec l’opposition pour trouver un équilibre. Mais, faute de texte public et de détaillage des mécanismes de transfert, de nombreuses questions pratiques demeurent : modalités de reprise des agents, calendrier éventuel, garantie du maintien des parcours de formation, et plan de financement des infrastructures.
| Point soulevé | Situation actuelle | Question posée |
|---|---|---|
| Personnel | ~900 agents financés par la Province (Hainaut) | Qui financera ces emplois en cas de transfert ? |
| Formations | Formations techniques et professionnalisantes gérées par la Province | Comment garantir leur continuité et équipements ? |
| Bâtiments & investissements | Propriété et entretien provinciaux | Qui assumera les investissements et l’entretien ? |
Les acteurs provinciaux réclament des précisions : un calendrier, des garanties de maintien des moyens et un dialogue structuré pour éviter des ruptures de service aux élèves. Du côté du gouvernement, la volonté affichée est de simplifier l’architecture institutionnelle, mais la traduction concrète de cette ambition suscite des réserves chez ceux qui craignent une perte d’autonomie et de proximité.
Dans les prochaines semaines, la teneur du décret annoncé et les échanges entre majorité et opposition seront déterminants pour savoir si l’enseignement provincial conservera son modèle actuel ou s’il sera intégré à l’organisation pilotée par la Fédération. Les réponses attendues porteront autant sur des enjeux humains que sur des choix politiques et budgétaires.
Enjeux : maintien des emplois et des formations, financement des infrastructures, garantie d’un accompagnement de qualité pour les élèves concernés.