Les neutrinos — particules neutres et extrêmement légères — sont aujourd'hui reconnus comme omniprésents dans l'Univers. Une mise au point récente rappelle que, bien qu'ils possèdent les propriétés attendues des particules de « matière noire » au sens physique, leur masse trop faible exclut qu'ils constituent la majorité de la matière noire recherchée par les cosmologistes. En revanche, un flux fortement dominant de neutrinos produits par le Soleil existe bel et bien et demeure accessible aux détecteurs terrestres.
Des neutrinos « fossiles » plus nombreux que les photons du fond diffus
Selon l'analyse présentée, il y a aujourd'hui plus de neutrinos fossiles du Big Bang que de photons du rayonnement fossile dans un même volume d'espace. Ces neutrinos dits « relics » forment un gaz cosmologique qui, par son abondance, joue un rôle conceptuel important en cosmologie. Toutefois, deux caractéristiques limitent leur contribution à la matière noire « efficace » :
- ils ont une masse très faible ;
- ils sont électriquement neutres et interagissent très faiblement avec la matière.
De ce fait, même s'ils baignent galaxies et amas, leur distribution n'engendre que des forces gravitationnelles négligeables sur les échelles où la matière noire est invoquée pour expliquer les observations d'astronomie.
Ni radiants ni massifs : pourquoi les neutrinos ne remplacent pas la matière noire froide
Les neutrinos ne rayonnent pas et peuvent traverser la Terre à de très nombreuses reprises avant d'être arrêtés par une interaction. Cette grande pénétrabilité en fait des particules difficiles à détecter, mais aussi des candidats qui, sur le plan théorique, remplissent certains critères de la « matière noire ». Le problème tient à leur faible masse : à l'échelle cosmologique, une particule aussi légère ne peut pas s'effondrer suffisamment pour former les halos de matière sombre qui expliquent la rotation des galaxies et la formation des structures observées.
Autrement dit, les neutrinos sont bien une composante de la matière sombre au sens strict — un constituant non baryonique et non lumineux —, mais ils ne peuvent explicationner la majeure partie de l'effet gravitationnel attribué à la matière noire dite « froide ».
Le Soleil : une source intense de neutrinos détectables
Si les neutrinos relics du Big Bang sont difficiles à capter, le flux produit par le Soleil est, lui, nettement supérieur et accessible aux installations terrestres. Les réactions thermonucléaires au cœur de l'étoile génèrent chaque seconde un flot considérable de neutrinos, qui constituent une cible privilégiée pour les détecteurs de neutrinos et pour certains instruments conçus pour la recherche de matière noire.
Olivier Drapier, chercheur au Laboratoire Leprince-Ringuet de l'École polytechnique, CNRS, rappelle que ces particules « peuvent être utilisées pour étudier les étoiles et l'Univers ». Elles offrent une fenêtre directe sur les processus nucléaires stellaires et permettent de tester des modèles astrophysiques autrement inaccessibles.
« Les neutrinos sont omniprésents dans l'Univers ... Très difficiles à détecter, on cherche pourtant à étudier ceux du Big Bang »
| Type de neutrinos | Source principale | Détectabilité |
|---|---|---|
| Relics (Big Bang) | Cosmologique | Très difficile |
| Solaire | Réactions thermonucléaires du Soleil | Accessible aux détecteurs terrestres |
Conséquences pour la recherche
Cette clarification a plusieurs implications pour la physique et l'astronomie :
- elle confirme que les neutrinos doivent être pris en compte dans les modèles cosmologiques, mais comme une composante subdominante de la matière noire ;
- elle renforce l'intérêt expérimental porté aux flux solaires, qui demeurent une source abondante et exploitables pour valider des théories astrophysiques et des détecteurs ;
- elle laisse ouverte la question de l'identité de la matière noire dominante, qui reste à rechercher parmi d'autres candidats plus massifs et faiblement interactifs.
En somme, les neutrinos illustrent la complexité du volet « matière noire » : présents et mesurables, ils ne suffisent toutefois pas à expliquer à eux seuls l'ensemble des phénomènes observés dans l'Univers. La quête d'une particule de matière noire froide et massive se poursuit, tandis que les observatoires terrestres continuent de sonder les flux solaires et cosmiques avec une précision croissante.