350 milliards d’euros : c’est, selon Eurazeo, le manque estimé chaque année pour financer la transition environnementale européenne. Publié en juillet 2026, le livre blanc du groupe de capital-investissement établit un constat sans ambages : si les décisions politiques semblent reculer, le mouvement de fonds en faveur du climat ne s’éteint pas pour autant.
Des signaux divergents entre politique et marchés
Le document met en regard deux réalités. D’un côté, un retrait ou une moindre ambition des politiques climatiques « des deux côtés de l’Atlantique », qui fragilise le cadre public d’accompagnement de la transition. De l’autre, la persistance d’un mouvement financier porté par des acteurs institutionnels majeurs — fonds souverains, grands asset managers et allocataires — qui continuent d’allouer du capital en tenant compte des risques climatiques et des opportunités associées.
Pour les ménages et les indépendants, cette dualité se traduit par une incertitude accrue sur les trajectoires de coûts (assurance, énergie, adaptation) mais aussi par une probabilité élevée que des produits financiers et des investissements verts deviennent plus disponibles, portés par des investisseurs privés et publics.
Le signal physique s’accélère
Le livre blanc s’appuie sur des travaux scientifiques pour mesurer la réalité climatique : le Potsdam Institute for Climate Impact Research observerait une accélération du réchauffement, à 0,35°C par décennie entre 2015 et 2025, contre une moyenne de 0,2°C par décennie sur 1970-2015. Le climatologue James Hansen est cité pour sa projection forte : un réchauffement de 1,7°C dès 2027 dans ses dernières estimations.
« Le signal politique ne dit rien du signal économique », souligne le livre blanc d’Eurazeo.
Autrement dit, même si les engagements publics se relâchent, la dynamique économique — coûts, risques, marchés — continue de pousser les acteurs financiers à intégrer la réalité climatique dans leurs arbitrages.
Des pertes déjà chiffrées
Plusieurs assureurs et réassureurs fournissent des éléments concrets des conséquences économiques : Munich Re a estimé les dégâts économiques liés aux catastrophes naturelles en 2025 à 224 milliards de dollars, dont 108 milliards assurés. Les feux de forêt à Los Angeles ont été mis en exergue : un coût total de 61 milliards de dollars en janvier 2025, dont 35 milliards couverts par les assureurs.
Swiss Re, pour sa part, observe une progression des pertes assurées de l’ordre de 5 à 7 % par an en termes réels depuis 1995 et considère que le passage fréquent à 300 milliards de pertes économiques annuelles devient une possibilité plausible plutôt qu’une anomalie.
| Indicateur | Chiffre cité |
|---|---|
| Besoin de financement annuel pour la transition (Europe) | 350 milliards € |
| Rythme du réchauffement (2015–2025) | 0,35°C/décennie |
| Projection James Hansen | 1,7°C dès 2027 |
| Pertes économiques catastrophes 2025 (Munich Re) | 224 Md$ (dont 108 Md$ assurés) |
| Coût incendies Los Angeles (janv. 2025) | 61 Md$ (dont 35 Md$ assurés) |
Conséquences pour l’économie et les acteurs belges
Pour la Belgique, comme pour le reste de l’Europe, l’impact se décline à plusieurs niveaux :
- Pression sur les assurances : une hausse structurelle des coûts assurés peut se traduire par des primes plus élevées pour les ménages et les entreprises, en particulier dans les secteurs exposés (habitat, agriculture, PME industrielles).
- Coûts d’adaptation : villes, infrastructures et entreprises devront financer des mesures d’adaptation, amplifiant la demande de capitaux et créant des opportunités pour les fonds orientés « transition».
- Mobilisation des investisseurs : la présence continue des grands investisseurs suggère que des instruments financiers dédiés (fonds verts, obligations durables, financements structurés) resteront disponibles, même en l’absence d’un cadre politique plus contraignant.
Le message d’Eurazeo est double : le déficit de financement est réel et important, mais le basculement des flux financiers vers des actifs liés au climat est déjà à l’œuvre. Pour les décideurs publics, la question qui se pose est celle de la complémentarité entre soutien politique et mobilisation privée afin d’atteindre les objectifs de transition sans transférer indûment la charge sur les ménages et les petites entreprises.
À court terme, la trajectoire des primes d’assurance, des coûts d’énergie et des investissements d’adaptation restera un indicateur clé à surveiller pour apprécier l’ampleur concrète de l’ajustement économique demandé aux citoyens et aux indépendants.