Le débat autour de la transition automobile dépasse les seules questions techniques et économiques : il est aussi traversé par des dimensions identitaires. Le concept de « pétromasculinité », proposé en 2018 par la chercheuse Cara Daggett, met en relation la défense des combustibles fossiles, le rejet de l’électrique et certaines revendications de virilité politique. Cette lecture permet de comprendre pourquoi une partie de l’opinion n’adhère pas aux arguments scientifiques sur le climat et oppose une résistance parfois virulente aux changements liés à la mobilité.
Origine et définition
La notion, formulée dans l’étude Petro-masculinity : Fossil Fuels and Authoritarian Desire, identifie un lien entre la préférence pour les technologies thermiques et des attitudes politiques marquées, notamment le climatoscepticisme. Selon la chercheuse, le refus de l’électrique n’est pas seulement une question de prix ou d’autonomie ; il peut être aussi une manière de signifier une appartenance et d’exprimer une défiance culturelle envers les normes environnementales émergentes.
Pratiques symboliques et résonances politiques
Plusieurs pratiques publiques illustrent cette posture. Aux États-Unis, le phénomène dit de « coal rolling » consistait à modifier volontairement les véhicules diesel pour produire d’importantes fumées noires, performance ostentatoire visant à afficher le mépris des règles environnementales et des écologistes. Bien que marginale et souvent illégale, cette pratique a servi de signal culturel.
Le retour politique d’acteurs favorables aux énergies fossiles après l’élection présidentielle de 2024 a contribué à raviver ces postures. Des slogans et formulations provocatrices — comme « drill baby drill » — ont retrouvé une visibilité qui donne une assise publique à des discours hostiles aux véhicules électriques et à certaines politiques climatiques.
« drill baby drill »
Une réalité européenne distincte mais présente
En Europe, les manifestations extrêmes de cette culture (comme le coal rolling) sont moins répandues et souvent interdites. Néanmoins, l’analyse montre que des éléments de la pétromasculinité s’insinuent dans des débats publics et médiatiques : l’écologie y est parfois caricaturée en « écologie punitive » ou taxée d’être déconnectée des préoccupations quotidiennes de certaines populations.
Trois observations clés ressortent :
- Dimension identitaire : le rejet de l’électrique peut fonctionner comme un marqueur d’appartenance et de résistance culturelle.
- Instrumentalisation politique : des discours politiques peuvent exploiter ce sentiment pour mobiliser électoralement des couches d’électeurs sensibles au message anti-écologique.
- Différences régionales : les manifestations et l’expression publique de cette posture varient selon les contextes juridiques et culturels (plus visibles aux États-Unis, plus codifiées en Europe).
Pourquoi cela compte pour la politique
Au-delà d’une curiosité sociologique, la pétromasculinité interroge la manière dont les transitions énergétiques sont perçues et acceptées. Si une part de la population associe l’électrification à une perte de statut ou à une atteinte à une certaine image de soi, les politiques publiques risquent d’être rejetées non pour des raisons rationnelles mais pour des raisons symboliques. Comprendre ces ressorts est essentiel pour formuler des stratégies de communication et des mécanismes de transition qui tiennent compte des résistances culturelles autant que des contraintes techniques et économiques.
| Élément | Origine / Illustration |
|---|---|
| Concept | Cara Daggett, 2018 (Petro-masculinity) |
| Pratique | Coal rolling (modifications diesel, États‑Unis) |
| Slogan lié | « drill baby drill » (résonance politique fin 2024) |
Si le terme sonne volontiers provocateur, il offre une grille d’analyse utile pour les décideurs et les partis qui veulent comprendre comment des enjeux techniques deviennent des marqueurs identitaires. Rejeter l’électrique n’est parfois pas qu’une question de charge ou d’autonomie : c’est aussi, pour certains, un moyen d’inscrire une défiance plus large dans l’espace public.