Paris devient de plus en plus la plate-forme privilégiée des banques africaines souhaitant un accès direct à l'Union européenne. Selon les acteurs concernés, le Brexit a accéléré ce mouvement et le retrait progressif de certaines banques françaises d'Afrique subsaharienne crée des opportunités nouvelles pour ces établissements.
Une dizaine d'établissements déjà présents
Plusieurs groupes bancaires africains ont déjà ouvert une implantation dans la capitale française. Parmi eux figurent First Bank of Nigeria, Ecobank, BGFI Bank et, plus récemment, Access Bank, qui a ouvert une succursale à Paris il y a quatre ans via sa filiale britannique. Au total, « une dizaine » de banques africaines sont aujourd'hui présentes à Paris, d'après les informations recueillies.
Pour ces établissements, la présence physique au sein de l'Union européenne répond à une nécessité réglementaire et commerciale née du retrait du Royaume-Uni de l'UE. Justin Maria, directeur de la succursale parisienne de The Access Bank UK, souligne le rôle central de Paris :
« Il y a eu un choix politique d'attirer un maximum de banques en France, comparativement à d'autres places importantes en Europe, et notamment celle de Francfort. Paris a quand même un rôle pivot sur ce redéploiement en Europe pour des groupes bancaires installés en Angleterre ».
Clients : entreprises engagées entre l'Europe et l'Afrique
Les clients de ces succursales en France sont principalement des entreprises qui commercent avec l'Afrique ou y investissent. L'objectif affiché est de faciliter les flux commerciaux et les investissements entre les deux rives, en proposant des solutions bancaires adaptées aux besoins transfrontaliers.
Le retrait progressif de certaines banques françaises du continent est perçu comme une source d'opportunités. Justin Maria rappelle que lorsque des banques françaises se retirent, des acteurs africains peuvent racheter des filiales et prendre le relais sur des marchés locaux : « La nature a horreur du vide. Si vous retirez une banque française d'Afrique subsaharienne, vous avez une banque d'Afrique subsaharienne qui va racheter cette filiale. »
Conséquences pour les marchés africains et européens
La recomposition des acteurs bancaires en Afrique subsaharienne a plusieurs conséquences pratiques :
- Transmission de clientèle : les banques africaines visent à capter la clientèle laissée par les établissements européens quittant certains marchés.
- Connaissance du terrain : les nouvelles arrivantes estiment posséder une meilleure connaissance des marchés africains que certains acteurs européens qui se retirent.
- Renforcement des liens commerciaux : une présence européenne facilite les services aux entreprises européennes et africaines impliquées dans des projets bilatéraux.
Le cas de la Société Générale est mentionné comme exemple récent de retrait d'un pays africain : « La Société Générale s'est retirée du Cameroun très récemment. » Selon les responsables interrogés, ce type de mouvement ouvre des possibilités pour des groupes bancaires africains désireux de développer leurs activités transcontinentales.
Un phénomène réel mais mesuré
Les professionnels mettent toutefois en garde contre la surinterprétation du phénomène. Bien que significatif, l'afflux de banques africaines à Paris n'est pas — pour l'instant — « une déferlante » incontrôlée : il traduit davantage un redéploiement ciblé et stratégique, lié à des choix politiques et réglementaires au lendemain du Brexit, ainsi qu'à des opportunités nées du retrait de certains acteurs traditionnels.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Nombre d'établissements africains à Paris | Une dizaine |
| Exemples cités | First Bank of Nigeria, Ecobank, BGFI Bank, Access Bank |
| Motivations principales | Brexit, retrait de banques françaises d'Afrique, besoin d'accès à l'UE pour clients entreprises |
Pour les entreprises belges actives en Afrique ou souhaitant y investir, ce basculement peut signifier une plus grande diversité d'interlocuteurs bancaires ayant une connaissance locale renforcée. À court et moyen terme, il conviendra d'observer si ce redéploiement modifie l'offre de financement, les conditions de service et la concurrence sur les marchés franco-africains et, par ricochet, sur les acteurs financiers présents en Belgique.