L’idée d’un revenu universel réapparaît dans le débat public, mais avec un profil nouveau : après avoir été portée en France en 2017 par le candidat Benoît Hamon, elle trouve aujourd’hui des relais parmi des groupes d’inspiration ultralibérale aux États-Unis, séduits par son potentiel à amortir les désordres du marché du travail engendrés par l’intelligence artificielle.
Un même concept, des finalités différentes
Le concept fondamental reste le même : verser une allocation régulière, identique pour tous les adultes, indépendamment de leur situation professionnelle. En 2017, le projet de Benoît Hamon proposait un montant de 750 euros par mois pour chaque Français majeur. Aujourd’hui, des milliardaires et certains économistes libéraux évoquent le dispositif comme un instrument de stabilisation sociale face aux risques de destruction d’emplois liés à l’automatisation et à l’IA.
Le débat prend toutefois une tournure inattendue : des acteurs traditionnellement favorables à des politiques de marché plus libérales voient dans le revenu universel un moyen de remplacer ou de simplifier des systèmes de protection sociale existants, tout en facilitant l’acceptation sociale des gains de productivité liés aux nouvelles technologies.
Des propositions contrastées et des ambitions à long terme
Sur l’échiquier intellectuel, les propositions varient fortement. Certains économistes de gauche évoquent des montants nettement plus élevés et des mécanismes de financement redistributifs. Par exemple, Thomas Piketty imagine, selon l’article, un objectif de 5 000 euros mensuels pour tous à l’horizon 2100, financé par un impôt mondial sur les grandes fortunes. Cette ambition contraste avec les approches plus modestes discutées par des partisans du revenu universel à vocation compensatrice pour les travailleurs affectés par l’IA.
| Proposition | Montant évoqué | Horizon |
|---|---|---|
| Benoît Hamon (campagne 2017) | 750 € / mois | Immédiat (proposition de campagne) |
| Thomas Piketty (réflexion académique) | 5 000 € / mois | 2100 |
Ce que cela implique pour la Belgique et l’Europe
Si le phénomène est d’abord médiatisé en France et aux États-Unis, il soulève des questions transnationales pertinentes pour la Belgique :
- la soutenabilité des systèmes de protection sociale face à des pertes d’emploi structurelles induites par l’automatisation ;
- les choix de financement : fiscalité des hauts revenus et du capital versus réaffectation de dépenses sociales existantes ;
- les effets redistributifs et les incitations au travail, qui restent au cœur du débat politique et académique.
La résurgence de l’idée, portée par des voix aussi diverses qu’un candidat socialiste de 2017 et certains ultralibéraux contemporains, oblige à reposer les mêmes questions fondamentales : qui paie, quel montant, quelles conséquences pour l’emploi et les services publics ?
« le versement d’un traitement mensuel et unique à tout citoyen »
La diversité des promoteurs du revenu universel pourrait paradoxalement faciliter son entrée dans le débat public, en le rendant compatible avec des objectifs parfois opposés — filets de sécurité pour les travailleurs précarisés d’un côté, simplification des instruments sociaux pour des tenants du marché de l’autre. Reste que la traduction politique de ces idées demande des choix explicites sur le financement et l’articulation avec les dispositifs existants, des éléments qui ne sont pas résolus dans les propositions évoquées.
À l’approche d’échéances électorales dans plusieurs pays européens, le débat risque de gagner en intensité. Pour l’instant, la discussion est davantage conceptuelle que programmatique ; elle permet toutefois d’identifier les lignes de fracture sur la manière de répondre, collectivement, aux transformations technologiques rapides qui redessinent l’emploi et la redistribution des revenus.