Le Parlement vénézuélien a annoncé l'ouverture d'une enquête contre le député d'opposition Antonio Ecarri après que celui-ci eut proposé de formaliser la dollarisation de l'économie nationale, a indiqué samedi le président de l'assemblée, Jorge Rodríguez.
Sanction politique et interrogation constitutionnelle
Dans un communiqué, Jorge Rodríguez a précisé avoir lancé « une procédure d’enquête afin d’établir les fautes commises » par le parlementaire. Il avait la veille qualifié la proposition de « stupidité » lors d'une séance à laquelle le député n'assistait pas et a décidé de le démettre de la présidence du Groupe d’amitié parlementaire entre le Venezuela et les États-Unis.
Le communiqué évoque une possible infraction au règlement des débats du Parlement ainsi qu'à un article de la Constitution vénézuélienne qui désigne le bolivar comme unité monétaire nationale et désigne la Banque centrale comme « l’organisme public qui, de manière exclusive et obligatoire, exerce les politiques monétaires ». L'initiative d'Ecarri relance ainsi un débat de fond sur la compatibilité entre proposition politique et cadre constitutionnel.
Une proposition soutenue par un économiste américain
Antonio Ecarri, dirigeant du petit parti Lápiz, avait annoncé vendredi sur le réseau X qu'il travaillait à une « proposition visant à avancer vers une dollarisation formelle de l’économie vénézuélienne », en s'appuyant sur les conseils de l'économiste américain Steve Hanke.
« POUR ÉCRASER L’INFLATION, LE VENEZUELA DOIT ABANDONNER LE BOLIVAR ET SE DOLLARISER »
Steve Hanke, professeur à l'université Johns-Hopkins, mesure l'inflation en tenant notamment compte de la parité de pouvoir d'achat et des taux de change du marché noir, rappelle le communiqué. Il a déjà conseillé plusieurs pays confrontés à des phénomènes comparables et avait, dans le passé, proposé la dollarisation pour le Venezuela sous l'administration de l'ancien président Rafael Caldera (1995-1996).
Dans le message cité, Hanke estime aujourd'hui l'inflation vénézuélienne à un « niveau écrasant de 354,1 % par an ». Cette évaluation, fondée sur ses méthodes, illustre l'ampleur du défi macroéconomique auquel le pays est confronté.
Enjeux concrets pour les citoyens et acteurs économiques
La dollarisation, qui consisterait à substituer le bolivar par le dollar américain comme moyen de paiement et unité de compte, est avancée par ses partisans comme un moyen de stabiliser les prix et de restaurer la confiance. Mais elle pose plusieurs questions politiques et pratiques :
- Souveraineté monétaire : abandonner la monnaie nationale limiterait la capacité du pays à conduire une politique monétaire indépendante via la Banque centrale.
- Accès aux devises : la disponibilité de dollars est cruciale pour que l'économie fonctionne si la monnaie nationale disparaît de facto.
- Dimension sociale : la transition pourrait affecter différemment les ménages selon leur accès aux devises, et impacter les salaires, les prix et le crédit.
- Cadre légal : une dollarisation formelle exigerait des modifications constitutionnelles ou des dispositifs juridiques majeurs.
Pour les indépendants et petites entreprises, l'instauration d'une monnaie forte pourrait réduire l'incertitude sur les prix et les marges, mais sans garanties sur l'accès au crédit en devises et sur des réformes structurelles, les bénéfices seraient limités.
| Acteur | Action annoncée |
|---|---|
| Antonio Ecarri (Lápiz) | Proposition de dollarisation formelle ; présidence du groupe d'amitié retirée |
| Jorge Rodríguez | Ouverture d'une enquête parlementaire pour établir d'éventuelles fautes |
| Steve Hanke | Soutien à la dollarisation, estimation de l'inflation à 354,1 % |
La décision d'ouvrir une enquête témoignage d'une tension politique forte autour d'une proposition qui touche au cœur des prérogatives publiques. Elle illustre également la polarisation du débat : pour certains, la dollarisation est un remède radical à l'hyperinflation ; pour d'autres, elle constitue une atteinte à la souveraineté et un contournement du rôle de la Banque centrale.
Sur le plan pratique, toute avancée vers une dollarisation formelle nécessiterait des choix politiques lourds et des mesures de transition — disponibilité de devises, protection des revenus, coordination fiscale et budgétaire — que le communiqué officiel n'aborde pas. L'enquête parlementaire vise d'abord à établir si le député a enfreint des règles déontologiques ou constitutionnelles ; le débat économique et institutionnel, lui, ne fait que commencer.