Deux mois après son élection, Isabelle Huppert occupe la présidence de la Cinémathèque française, une instance centrale pour la mémoire du cinéma fondée en 1936 par Henri Langlois. Choisie par le conseil d'administration pour un mandat de trois ans, l'actrice de 73 ans succède au cinéaste Costa-Gavras, âgé de 93 ans, et hérite d'une mission délicate au moment où l'institution est confrontée à des débats vifs sur la conservation, la programmation et la place des œuvres contestées.
Une présidence symbolique dans un contexte sensible
La nomination d'Isabelle Huppert intervient alors que la Cinémathèque, qui conserve près de 50 000 films et près d'un million de documents liés au septième art, a récemment été bousculée par des polémiques publiques. En 2024, la programmation d'un film comportant une scène d'agression simulée avait suscité une vive réaction et conduit à l'annulation d'une projection faute de contextualisation jugée suffisante.
Interrogée par Paris Match sur son rôle et les missions de l'institution, la nouvelle présidente a insisté sur l'importance d'ouvrir la Cinémathèque au monde et à des publics nouveaux tout en défendant la préservation des œuvres. Elle a ainsi rappelé que la structure doit être un lieu d'exposition et de rayonnement international.
« La Cinémathèque est une institution exemplaire, elle doit rayonner sur le plan international, exposer les cinématographies du monde entier et attirer un public nouveau. »
Conserver, contextualiser, confronter : les enjeux
La prise de fonction d'Isabelle Huppert pose plusieurs questions pratiques et symboliques : comment préserver des archives délicates tout en répondant aux attentes d'un public sensibilisé aux violences sexistes et sexuelles ? Quelle politique de programmation adopter pour traiter de films anciens problématiques sans céder à une mise à l'écart systématique ?
La nouvelle présidente a résumé sa ligne en rappelant la finalité patrimoniale de l'institution. Une autre phrase évoquée dans la presse souligne cette priorité :
« Le but est de préserver les œuvres. »
Ces déclarations s'inscrivent dans un débat plus large, où la conservation du patrimoine culturel se heurte à des impératifs éthiques et à des demandes de transparence et d'accompagnement contextualisé. Les décisions prises à la Cinémathèque seront suivies de près par les professionnels du cinéma, les universitaires et le public.
- Mandat : trois ans, jusqu'en 2029.
- Ressources patrimoniales : environ 50 000 films et près d'un million de documents.
- Histoire : institution créée en 1936 par Henri Langlois.
Conséquences et perspectives
La désignation d'une figure aussi emblématique qu'Isabelle Huppert confère une visibilité accrue à la Cinémathèque française. Sa présidence pourrait, selon les observateurs, favoriser une politique d'ouverture internationale et un dialogue renouvelé avec les publics, tout en obligeant l'établissement à préciser ses méthodes de conservation et de présentation des œuvres sensibles.
Reste à voir comment la direction – en concertation avec le conseil d'administration et les équipes scientifiques et pédagogiques – traduira ces orientations en pratiques concrètes : charte de programmation, dispositifs de contextualisation lors de projections, collaborations avec des institutions nationales et étrangères, ou encore actions éducatives pour accompagner les publics.
La nomination marque aussi un symbole : Isabelle Huppert devient la première femme à présider la Cinémathèque française, un signal fort pour une institution dont le rôle est à la croisée du patrimoine et de la réflexion critique sur l'histoire du cinéma.
À l'heure où le monde cinématographique s'interroge sur ses récits et ses archives, la présidence Huppert ouvre une nouvelle page pour la Cinémathèque. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l'impact concret de cette nomination sur la politique de conservation et sur la manière de confronter public, œuvres et mémoire.