La Belgique a connu en 2025 un niveau sans précédent d’actions syndicales, révèle mercredi un rapport de l’Institut syndical européen (ETUI). Avec plus de 820 000 salariés participants, le pays totalise 1 354 845 jours de grève, soit l’équivalent de 313 jours de grève pour 1 000 salariés, un seuil jamais atteint dans les séries historiques nationales.
Des chiffres records et une répartition marquée
Ces données dépassent le précédent pic de référence, qui était fixé à 299 jours pour 1 000 salariés en 1993. L’ampleur et la répartition des mouvements sont particulièrement remarquables : près de la moitié des jours de grève ont été enregistrés dans le secteur public, et la région wallonne a enregistré la plus forte intensité de mobilisation par salarié.
« L’ampleur de ces manifestations était extraordinaire, des records ayant été pulvérisés dans presque tous les domaines »,
indique Kurt Vandaele, chercheur à l’ETUI, qui souligne également que ces mobilisations ont été étalées sur l’ensemble de l’année civile, contrairement à certaines grandes vagues historiques concentrées sur un trimestre.
Quels secteurs ont porté le mouvement ?
Le rapport identifie des secteurs particulièrement concernés :
- Le secteur public : représentant 49,4 % des jours de grève.
- L’enseignement : à lui seul, il pèse 31,3 % des jours de grève.
- Des perturbations notables dans le privé, notamment dans la logistique et les transports, la production chimique et pétrolière, l’industrie agroalimentaire et les organisations à but social.
Des motifs variés, des effets étendus
Le rapport précise que, au‑delà des revendications liées aux conditions générales de travail et aux salaires, certains arrêts dans le privé résultent de conflits propres à des entreprises ou de désaccords lors de négociations de conventions collectives sectorielles. L’ampleur des mouvements a entraîné des perturbations dans des secteurs stratégiques, avec des conséquences économiques et sociales locales et nationales.
Les observations de l’ETUI mettent en lumière une recomposition des mobilisations : alors que de grandes actions antérieures pouvaient se concentrer sur une période courte, la dynamique de 2025 s’est installée sur plusieurs mois, augmentant l’impact cumulé sur l’activité.
Points clés chiffrés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Salariés participants | +820 000 |
| Jours de grève (total) | 1 354 845 |
| Jours de grève pour 1 000 salariés | 313 |
| Part du secteur public | 49,4 % |
| Part de l’enseignement | 31,3 % |
Ces chiffres posent des questions pratiques pour les autorités, les employeurs et les syndicats : comment rétablir la continuité des services publics, quelles réponses apporter aux revendications sectorielles, et quelles mesures prendre pour réduire l’accumulation de jours de grève à l’avenir ?
Le rapport de l’ETUI invite à une lecture fine des causes : si certaines tensions sont structurelles (pression sur les salaires, conditions de travail, réforme des services publics), d’autres proviennent de conflits ponctuels liés à des négociations sectorielles ou d’entreprise. Les décideurs politiques et sociaux devront tenir compte de cette double lecture pour adapter les réponses et éviter une reproduction des mêmes schémas.
Enfin, la disparité géographique — avec une intensité plus marquée en Wallonie — appelle à une attention particulière aux contextes régionaux, tant pour la concertation sociale que pour la planification des services essentiels.