Une étude publiée en août place l’Australie en tête des pays les plus susceptibles d’abriter des populations en cas de catastrophe mondiale capable de tuer plus de 10 % de l’humanité en quelques mois ou années. Le travail, dirigé par Florian Ulrich Jehn, chercheur en environnement à l’université de Hagen (Allemagne), a cherché à identifier les territoires offrant la meilleure résilience face à des risques extrêmes tels qu’une guerre nucléaire, une éruption volcanique majeure ou l’impact d’un astéroïde.
Trois grands types de risques étudiés
Les auteurs distinguent principalement trois familles de menaces qui pourraient provoquer un effondrement global :
- les événements bloquant la lumière du soleil (par exemple une guerre nucléaire ou une très forte éruption volcanique) ;
- les attaques ou événements détruisant les infrastructures étatiques (tempête majeure, cyberattaque massive, effondrement des réseaux) ;
- les risques biologiques (maladies infectieuses ou pandémies capables de décimer les populations).
Ces différents scénarios ont en commun la capacité à perturber durablement la production agricole et les chaînes commerciales, entraînant des famines à grande échelle si les sociétés ne disposent pas de stocks et de capacités de production autonomes.
« Ce type de catastrophes est insuffisamment étudié car elles sont peu probables. On a tendance à les ignorer », explique Florian Ulrich Jehn. « Mais elles restent possibles et aucun pays ne serait épargné si elles se produisaient. »
Pourquoi l’Australie ressort-elle en « meilleure position » ?
Selon les chercheurs, plusieurs facteurs concourent à la supériorité relative de certains pays face à ces situations extrêmes :
- une base industrielle solide permettant de produire localement des biens indispensables en cas d’interruption des importations ;
- une moindre dépendance au commerce mondial pour la satisfaction des besoins essentiels ;
- des avantages géographiques, notamment l’isolement insulaire, qui peuvent réduire la probabilité de propagation d’agents infectieux.
Les auteurs rappellent toutefois qu’aucune nation ne serait totalement épargnée : il s’agit d’une question de degrés de résilience et de capacité d’adaptation plutôt que d’immunité. Le travail met l’accent sur le rôle central du système alimentaire : « C’est souvent le système alimentaire qui vous met à genoux », souligne l’un des chercheurs, en rappelant que l’incapacité à produire ou à distribuer la nourriture est souvent le facteur décisif lors d’un effondrement.
Conséquences et pistes pour les politiques publiques
Les conclusions de l’étude invitent à repenser la préparation aux risques extrêmes : au‑delà des réponses militaires ou sanitaires immédiates, il faudrait renforcer la souveraineté alimentaire, diversifier les approvisionnements et consolider des capacités industrielles capables de fonctionner en autarcie relative. Pour les autorités publiques, cela signifie également intégrer des évaluations de risques « à faible probabilité mais à fort impact » dans la planification territoriale et civile.
Enfin, l’étude met en garde contre l’autosatisfaction : la richesse ou l’insularité ne garantissent pas une immunité totale. Elles offrent des marges de manœuvre, mais la résilience dépendra aussi des choix politiques, des infrastructures et des comportements collectifs au moment de la crise.
Ce travail, en poussant l’analyse au niveau des territoires, ouvre un espace d’échange entre chercheurs, décideurs et gestionnaires de crise sur les moyens concrets d’améliorer la résilience face à des scénarios extrêmes, aujourd’hui peu étudiés mais potentiellement catastrophiques.