Le Premier ministre fédéral, Bart De Wever, a prévenu que les décisions d'économies que devra prendre prochainement le gouvernement n'épargneront personne. Dans une interview accordée à la radio francophone Bel RTL, diffusée sous forme de podcast, il affirme qu'il faudra trouver environ 10 milliards d'euros d'ici 2029 pour assainir les finances publiques.
Un effort chiffré et contraint
L'entretien, enregistré au début du mois d'août et rendu public lundi, fait apparaître un Premier ministre conscient de la difficulté politique et sociale des choix à venir. « Je ne dors pas bien et je pense beaucoup à ça », a-t-il confié, exprimant la charge personnelle ressentie face à l'ampleur des arbitrages budgétaires.
« La réalité, c'est que nous sommes dans une situation où tout le monde va sentir les conséquences de ce que nous faisons, peu importe comment nous le faisons. »
Selon De Wever, l'effort demandé — en cumulé jusqu'en 2029 — s'ajoute aux mesures d'austérité déjà mises en œuvre par l'exécutif fédéral. Il met en garde contre l'idée que l'ajustement pourra se concentrer sur un segment restreint de la population : que ce soit par des réductions de dépenses ou par des hausses de recettes, la baisse de niveau impliquera des impacts larges et visibles.
Un discours sur la responsabilité partagée
Le Premier ministre a souligné le réflexe humain et politique consistant à vouloir imputer les sacrifices à « l'autre » : quand il est question d'économies, « ce sera chez mon voisin, pas chez moi », et quand il s'agit d'augmenter les recettes, les plus aisés sont souvent montrés du doigt. De Wever met en garde contre cette logique : même si l'on cible des mesures vers les plus favorisés, « quelqu'un qui est riche, c'est toujours quelqu'un qui est plus riche que toi », a-t-il observé, rappelant la difficulté politique de toucher des groupes perçus comme privilégiés sans provoquer des résistances.
De Wever estime toutefois que l'opinion publique est en train d'évoluer : « la population est mûre » pour des efforts, car les citoyens saisissent mieux qu'auparavant les défis auxquels la Belgique et l'Europe font face. Il a ainsi remis ces choix budgétaires dans un contexte européen plus large.
Un cadre européen et stratégique plus large
Le Premier ministre a élargi son diagnostic aux défis structurels du continent : vieillissement démographique, perte de compétitivité en matière d'innovation et de productivité, et tensions sur la capacité de défense. Il a notamment dénoncé des faiblesses dans l'organisation de la défense européenne, qu'il décrit comme une source d'humiliations répétées.
Ce constat vise à expliquer, pour partie, l'urgence budgétaire et la nécessité de réorienter certaines politiques. Mais De Wever n'a pas détaillé dans l'interview les lignes précises d'économies que le gouvernement privilégiera ni la répartition entre efforts sur les dépenses et mesures nouvelles de recettes.
Ce qui reste à trancher
À ce stade, plusieurs questions restent ouvertes :
- Quelle sera la combinaison exacte entre réductions de dépenses et hausses de recettes pour atteindre les 10 milliards d'euros ?
- Quels secteurs ou services publics seront concernés et avec quel calendrier ?
- Comment le gouvernement s'assurera-t-il d'une répartition jugée « équitable » des efforts entre catégories socio-économiques et entre niveaux de pouvoir (fédéral, régions, communes) ?
| Période | Montant visé |
|---|---|
| Jusqu'en 2029 | 10 milliards d'euros |
Les prochaines semaines devraient voir le gouvernement préciser sa trajectoire budgétaire et engager les concertations nécessaires, tant en interne qu'avec les partenaires sociaux. Le ton posé et lucide adopté par le Premier ministre vise à préparer l'opinion à des choix difficiles ; reste à voir si la société et les différents niveaux de pouvoir accepteront ces arbitrages et sous quelle forme.