La nouvelle prison d’Anvers, officiellement inaugurée cette semaine le long de l’Escaut, suscite dès à présent des réactions vives des syndicats du secteur pénitentiaire. Si le concept du bâtiment rencontre un accueil mitigé, ce sont surtout sa capacité, son coût et le déficit de personnel qui provoquent l’inquiétude et la colère parmi les équipes.
Capacité jugée insuffisante et moral du personnel à la baisse
La prison dispose de 440 places. Pour le syndicat socialiste flamand ACOD (CGSP), représenté par Mario Heylen, ce chiffre est insuffisant au regard du profil des détenus que l’établissement doit accueillir. « Nous voyons du potentiel dans le concept global de ce nouveau bâtiment », a-t‑il précisé, tout en estimant que « en fin de compte, la prison est trop petite. Le moral du personnel est au plus bas ».
Plusieurs éléments alimentent cette tension : des agents qui auraient souhaité rester dans l’ancienne prison, des « couples » de gardiens qui se verraient séparés en raison des mutations, et, surtout, un recrutement qui accuse un retard significatif.
Un important déficit de personnel
Le syndicat évoque près de deux cents postes vacants au moment de l’ouverture. Selon ACOD, ces manques rendent impossible une mise en service optimale de l’établissement. « Dans ces conditions, l’ouverture ne peut évidemment pas se dérouler de manière optimale », explique Mario Heylen, qui pointe également une stratégie de recrutement axée sur la quantité plutôt que sur la qualité. Le risque identifié : de nouvelles recrues devant former d’autres nouvelles recrues, plutôt que d’être encadrées par du personnel expérimenté.
« On se retrouve ainsi dans une situation où de nouvelles recrues vont devoir former d’autres nouvelles recrues. »
Coût, partenariat public‑privé et recours à la sécurité privée
Outre la question des effectifs, ACOD s’alarme du modèle financier retenu pour la construction et la gestion : un partenariat public‑privé (PPP). Pour Mario Heylen, ce choix augmente significativement la facture. « Un partenariat public‑privé, comme ici à Anvers, multiplie les coûts par deux ou trois », affirme-t‑il. « On jette l’argent par les fenêtres. »
Le syndicat critique aussi la décision d’engager des opérateurs privés pour des missions de sécurité : environ 30 agents de sécurité privés devraient compléter les équipes. Toujours selon ACOD, la sécurisation confiée à des prestataires extérieurs revient plus cher que si ces tâches étaient assurées par le personnel public.
- Capacité de l’établissement : 440 places.
- Postes vacants signalés : près de 200.
- Agents de sécurité privés prévus : 30.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Capacité | 440 |
| Postes vacants | ~200 |
| Agents privés prévus | 30 |
Conséquences locales et perspectives
Pour les Anversois, l’ouverture de cette prison est un événement local important : outre l’impact sur la sécurité et l’emploi, elle soulève des questions budgétaires et sur la gestion des services publics. Les syndicats indiquent que tant que les postes vacants ne seront pas comblés et que la question du recours aux prestataires privés n’aura pas été clarifiée, la mise en route effective de l’établissement risque de se heurter à des difficultés opérationnelles et sociales.
Les autorités locales et régionales n’ont pas été citées dans la prise de position syndicale telle que rapportée par ACOD. Reste à savoir si des garanties supplémentaires seront apportées pour accélérer les recrutements, améliorer les conditions de travail des agents et réévaluer, le cas échéant, l’organisation de la sécurité au sein du site.
Sur le terrain, le débat ouvre aussi une réflexion plus large sur les choix de gestion des infrastructures publiques : le recours au PPP, la sous‑traitance de missions sensibles à des acteurs privés et la capacité des services à assurer la transition vers de nouveaux locaux sans fragiliser le maillon humain qui en assure le fonctionnement quotidien.
La nouvelle prison d’Anvers est désormais opérationnelle sur le papier. Les prochains mois diront si elle pourra l’être aussi dans les faits, au regard des réserves exprimées par le personnel et ses représentants syndicaux.