Dans le Bergeracois, les machines ont repris la route des vignes dès le lundi 10 août : poussés par la chaleur et la sécheresse, certains domaines ont entamé des vendanges inhabituelles pour la saison. Au château des Eyssards, à Monestier, la famille Cuisset — Pascal accompagné de sa fille Flavie et de son gendre Benoît Vergez-Bicat — a été parmi les premiers à se lancer, récoltant du chardonnay et du sauvignon début août.
Des raisins déjà mûrs, des choix contraints
« On ne pouvait pas attendre, les raisins affichent déjà un taux d'alcool potentiel de 13,5 ° », explique Pascal Cuisset. Propriétaire d'une exploitation de 55 hectares dans la région, il explique que différer la récolte aurait signifié « perdre en rendement et en qualité ». La combinaison de la sécheresse et des fortes températures a accéléré la maturation des raisins, forçant les viticulteurs à revoir leur calendrier.
Chez château Malfourat, à Monbazillac, les équipes avaient anticipé des vendanges précoces au 15 août, mais les parcelles les plus mûres auraient même permis une récolte dès le 8 août, selon Kevin Jarzaguet. Son domaine intervient notamment en prestation de service et gère environ 300 hectares, ce qui suppose une logistique importante en personnel et machines.
Organisation du travail et recours au personnel saisonnier
La précocité des vendanges a contraint les exploitants à rappeler du personnel en congés. Les vignerons interrogés signalent que nombre d'employés ont dû rentrer de vacances pour répondre à la demande de main-d'œuvre entre le 10 et le 12 août. La mise en place rapide d'équipes, la disponibilité des matériels et la coordination des chantiers s’imposent comme des défis majeurs pour tenir des vendanges souvent menées de nuit afin d'éviter l'oxydation des moûts.
« On ne pouvait pas attendre, les raisins affichent déjà un taux d'alcool potentiel de 13,5 °C »,
indique Pascal Cuisset, résumé d'une situation partagée par plusieurs domaines du Bergeracois.
Vendanges nocturnes et préservation de la qualité
Pour limiter l'oxydation et préserver les arômes, les premières récoltes de chardonnay et de sauvignon ont été effectuées de nuit. Cette pratique est devenue fréquente lorsque les températures diurnes sont élevées : le raisin arrive à la cuverie plus frais, ce qui facilite le travail au chai et limite les risques microbiologiques.
Les choix de cépages et de parcelles influencent la résistance à la sécheresse : les sols argileux, plus profonds et plus frais, se comportent mieux que les terrains calcaires, note Pascal Cuisset, qui observe toutefois « plus de grappes qu'en 2025 » sur certaines parcelles malgré les contraintes climatiques.
Conséquences sur le style des vins et perspectives
La précocité de la maturité peut modifier le profil des vins : des degrés potentiels plus élevés tendent à accroître la richesse alcoolique, tandis que la concentration des sucres et la moindre acidité peuvent orienter la vinification vers des vins plus opulents ou, pour certaines parcelles très mûres, vers des appellations moelleuses. Les vignerons évoquent déjà l'impact sur le rendement et la qualité globale, variables selon la nature des sols et la gestion des parcelles.
| Item | Donnée citée |
|---|---|
| Rendement du domaine Eyssards | 55 hectares (surface du domaine) |
| Degré potentiel relevé | 13,5 ° |
| Surface gérée par Malfourat (prestation) | 300 hectares |
Adaptation et anticipation : un nouveau cadre pour les vendanges
La situation illustre la nécessité pour les viticulteurs d'adapter leurs calendriers et leurs pratiques face à des épisodes de chaleur plus fréquents. Entre gestion des ressources en eau, choix de porte-greffes et optimisation des dates de récolte, les décisions prises à court terme auront des effets sur la qualité et la quantité du millésime 2026.
- Début des vendanges dans le Bergeracois : 10 août.
- Raisins concernés : chardonnay et sauvignon en première phase.
- Pratiques : récoltes nocturnes pour limiter l'oxydation, mobilisation rapide de main-d'œuvre.
Les prochains jours détermineront l'étendue de la précocité sur le reste du millésime. Les vignerons continuent de surveiller la maturation parcelle par parcelle pour adapter les stratégies de récolte et de vinification, en limitant autant que possible les pertes de rendement tout en préservant la qualité recherchée pour les appellations du Bergeracois.