Un mardi d'octobre, peu après 9 h, à l'entrée de l'Institut technique Cardinal Mercier, à Schaerbeek, les derniers retardataires passent devant l'éducateur posté rue Portaels. Dans une salle du dernier étage, une vingtaine d'élèves de la sixième TQ techniciens commerciaux discutent sereinement de leur avenir avec leur professeur d'économie. Au cœur des échanges : l'insertion professionnelle, le coût des études et la place croissante des machines dans le monde du travail.
Des craintes concrètes sur l'emploi et le coût des études
La classe, qui prépare simultanément le CESS et le CQ6, reflète la diversité sociale et culturelle de la commune. Plusieurs élèves évoquent des situations qu'ils observent autour d'eux : jeunes diplômés sans emploi, employeurs privilégiant l'expérience, et la charge financière que représente l'inscription en enseignement supérieur.
- Emploi : inquiétude face aux difficultés de trouver un travail même après des études.
- Coûts : inquiétude sur le montant des frais d'inscription à l'enseignement supérieur (mention d'un montant annuel de 1 200 euros par un élève).
- Automatisation : crainte pour les métiers jugés « à risque » (caissier, photographe, etc.).
Plusieurs interventions mettent en lumière un sentiment partagé : étudier ne garantit plus forcément un emploi stable. Une élève de la classe, l'une des rares filles du groupe, confie sa peur de se lancer dans des études supérieures après avoir vu autour d'elle des personnes diplômées sans travail. Un camarade souligne, quant à lui, que les employeurs privilégient parfois l'expérience au diplôme.
« Moi, je vois beaucoup de gens qui n'arrivent pas à trouver du travail alors qu'ils ont fait des études. Certains ont un master mais ils ne travaillent pas. Alors, moi, j'ai peur de me lancer dans des études… »
L'intelligence artificielle perçue comme outil, pas forcément comme menace
Le débat sur l'intelligence artificielle apparaît nuancé. Plusieurs élèves reconnaissent l'utilité potentielle de l'IA pour assister, par exemple, un professeur dans la préparation d'un cours. D'autres expriment la crainte que certaines tâches, aujourd'hui occupées par des humains, soient automatisées, entraînant la disparition progressive de métiers qui leur semblent accessibles.
Un élève résume cette position ambivalente : l'IA peut être « un bon outil, quand elle est bien utilisée », mais le contact humain reste, selon lui, irremplaçable pour certains métiers.
Retraite et solidarité intergénérationnelle : des inquiétudes à long terme
Outre l'emploi et l'automatisation, la question des pensions préoccupe aussi. Plusieurs jeunes se demandent si le système de retraite leur garantira un revenu à la fin de leur carrière, et ils redoutent de « cotiser dans le vide ».
| Préoccupation | Exemple de propos recueillis |
|---|---|
| Accès à l'emploi | « Certains ont un master mais ils ne travaillent pas. » |
| Coût des études | « L'inscription, maintenant, c'est 1 200 euros par an. » |
| Automatisation | Crainte que caissiers et photographes soient remplacés par des machines. |
| Pensions | « On ne veut pas cotiser dans le vide. » |
Ces échanges, menés dans une école située dans une commune multiculturelle de la Région bruxelloise, mettent en lumière des préoccupations qui dépassent le cadre strict de l'établissement : il s'agit de questions sociétales — emploi des jeunes, financement des études, mutation du marché du travail — sur lesquelles les autorités communales, régionales et les partenaires sociaux sont régulièrement interpellés.
Sur le terrain, le constat est clair : les jeunes de Schaerbeek attendent des perspectives concrètes et une meilleure information sur les choix d'orientation, ainsi qu'un soutien face aux transformations du marché du travail. Les propos recueillis dans cette sixième TQ montrent aussi l'importance du dialogue entre établissements scolaires, employeurs et institutions pour réduire l'incertitude et favoriser l'insertion.